Du 78 tours à la stéréophonie

De tous les grands chanteurs de la première moitié du vingtième siècle, Jussi Björling est un des rares dont la carrière discographique se soit déroulée sur trois décennies, de ses débuts en Suède, à l’aube des années 1930, jusqu’à sa disparition prématurée en septembre 1960. La précocité de ses premières prestations, à l’Opéra Royal de Stockholm, explique cette situation.

On peut ainsi identifier trois périodes bien distinctes dans la présence de l'artiste dans les studios d'enregistrement. Björling a d’abord connu le 78 tours électrique, essentiellement en Suède, avant, pendant et au lendemain des années de guerre, la neutralité de la Suède ayant permis une carrière sans interruption. Ces gravures d’exception furent d’abord enregistrées en suédois. Après les premiers succès de Björling à Londres, à Vienne puis aux Etats-Unis, à la fin des années 30, l’artiste chanta exclusivement dans la langue originale des œuvres choisies.

Ce fut, ensuite, l’avènement de la longue durée, du microsillon et de l’enregistrement sur bande magnétique, au début des années 1950, d’abord aux Etats-Unis puis en Europe, essentiellement à Rome, à partir de 1954.

Enfin, dès 1957, la stéréophonie naissante a mis en valeur, dans un espace sonore nouveau, le timbre rare du ténor dans un nombre, hélas réduit, d’intégrales verdiennes et pucciniennes. En vertu des accords entre les multinationales du disque, les labels RCA, EMI et, dans une moindre mesure, Decca, se partagèrent ces productions.

Sans le décès brutal de l’artiste à l’âge de 49 ans, certains projets auraient vu le jour puisqu’on avait envisagé une intégrale de Lohengrin dirigée par Beecham, une Carmen, peut-être avec la Callas, un Roméo et Juliette, avec, de nouveau, Victoria de Los Angeles et un Otello. Heureusement, de nombreux enregistrements « live », réalisés à partir de bandes des radios américaines et suédoises viennent compléter cet héritage, avec une qualité sonore assez satisfaisante.