Cyrille Gerstenhaber

Cyrille Gerstenhaber ou le retour d’une soprano messine

(20 décembre 2011)

 

On connaissait surtout Cyrille Gerstenhaber pour ses interprétations d’un baroque bien codé par leurs revisiteurs, d’Armide de Lully, de l’Orfeo de Monteverdi ou de Papagena de La Flûte enchantée de Mozart. Son retour à Metz sur la scène de L’Arsenal, accompagnée par l’Ensemble Le Baroque Nomade de Jean-Christophe Frisch, permit de faire goûter, en clôture des JECJ, une toute autre face de son interprétation. On se souvenait, comme un témoin exemplaire de sa « première manière », qui, rappelons-le, la fit monter, il y a douze ans, sur le podium de la célébrité, de son enregistrement de Castor et Pollux de Rameau, qui lui avait valu un « Orphée d’Or » de l’Académie du disque lyrique décerné à Paris, en présence de Wolfgang, le petit fils de Richard Wagner.

Moins à cheval sur la rythmique rigoureuse et les courbes allongées des baroqueux convertis, la soprano s’en libérait à ce concert, invitant le spectateur à une intimité plus proche du chant populaire à travers son Maoz tsour dans la tradition italienne puis ashkénaze, puis traduisant la suavité et la quiétude de la tradition ladino de La Rosa enflorece comme du Cuando el Rey Nimrod, coulés avec délicatesse et subtilement nuancés. S’ajoutaient la couleur discrète et la dentelle subtile des instruments, du théorbe et de la guitare pincés, à la gambe frottée, avec la percussion, elle aussi raffinée, du zarb, touché des doigts avec beaucoup d’adresse, ce qui est rare. Curieusement, cette atmosphère sereine et éthérée, se communiquait aux pièces, en alternance, du baroque « classique » des psaumes d’un Marcello instrumental libéré et entrecoupé par la soprano en demi-teinte, à voix seule, aux souples aigus qui s’intensifient ensuite. Idem de la sonate de Marini où s’intercale, entre flûte et cordes, le chant seul au caractère d’invocation. Mais peu à peu, le tempo s’accélère, l’enjouement apparaît, la scansion s’affirme.

Quand arrive La Folia, le thème inspiré de la sonate pour violon de Corelli ne s’encombre pas de ses variations redoutables, mais se rapproche plus de l’improvisation libre avant de se diriger vers la pure fantaisie. Avec cet autre Italien Casale Monferrato, bien oublié aujourd’hui, on était sur une ligne préclassique, aux sonorités léchées, avec un surprenant récitatif chanté, puis un air aux jolis legatos avec ses agréments et qui rappelait les mélodies à couplets avec mini-cadence et léger vibrato dans l’aigu. Avant le confidentiel et caressant Luz de Januka, Cyrille Gerstenhaber leva les bravos avec cet air ladino de Kandelikas, d’une verve méditerranéenne et d’une gaîté ensoleillée qui entraîna bien évidemment quelques bis. Sensible, joyeuse et détendue, cette soirée chaleureuse symbolisait la fête juive des Lumières.


Georges MASSON