Les adieux des Caravelles

Caminos : l’ultime croisement des chœurs et des cœurs

Les Caravelles ont levé les amarres à L’Arsenal pour le Musée Branly. Un adieu ? Non, un au revoir, du moins on l’espère. Succédant à la kaléidoscopique Fiesta Criola de la veille, les Chants de Liberté signèrent un final en apothéose. La fidèle adhésion du public durant toute une semaine, aura été gratifiante pour tous les architectes de ce vaste aggloméré des vibrations humaines et populaires. Et Alain Pacquier, le grand ordonnateur, aura bouclé la boucle de ses vingt-cinq ans de recherches et d’allers-retours entre Sarrebourg et l’Amérique latine afin de nous en restituer le continent musical baroque et d’en lancer une double passerelle avec l’occident. Formant une masse bien soudée, les 300 choristes de Résonances Lorraines et la Banda de Neira colombienne, rappelaient le siècle révolu des orphéonistes fédérant quelques milliers de chanteurs y allant de cette « union sacrée de l’art et du travail » prônée jadis. Ils ont la foi musicale chevillée au corps, la gorge chaleureuse, bien que le timbre, toujours perfectible, soit un peu granuleux. Les deux hymnes nationaux étaient tout un symbole, mais il faut bien avouer qu’on était loin de La Marseillaise dans la version annoncée d’Hector Berlioz, racée et faisant appel à une formation symphonique, tout en saluant la vaillance des vents de l’orchestre d’harmonie de nos latinos, en premier demi-cercle, face aux chefs successifs, dont Jacky Locks assura la direction majeure du programme. Or, ils auraient dû sauter la 1812 de Tchaïkovski, (non point les chœurs) mais les cuivres dont la mission devenait improbable.

LES PROMESSES DU CHŒUR REGIONAL DES JEUNES
L’harmonisation de Jacky Locks du Salamanquais Juan di Anchieta (un parent, dit-on d’Ignace de Loyola), avait moins les caractéristiques de l’austère Renaissance espagnole, car coulant plus en douceur avec le groupe Novo Genere, dont les voix sont travaillées tout en méritant d’être polies et racées. Leur pièce Din Di Rin Din, d’un anonyme ibérique, était d’une approche très soignée. Les plus appréciées furent la pièce de Perez di Bocanegra, chantée par le nonnette féminin, et cette autre pièce d’A. Parra, interprétée par le sextuor masculin. Tout frais émoulu, le « Chœur régional des jeunes » est certainement un puits d’avenir, duquel on peut attendre beaucoup quand leurs séances de travail pourront être plus rapprochées. En tout cas, leur Peregrinación de l’Argentin Ariel Ramirez, nous replongeait dans sa Missa Criola de 1963 chantée à Metz. Plus difficile, la cantate La Liberté de Roger Calmel, ce libérateur du dodécaphonisme, a été solidement charpentée par le plateau au complet, avec ses accords brisés, ses dissonances, son thrène de souffrance, sa fureur, son oppression et sa révolte, avant l’ample crescendo final poussant toute la scène vers ce choral olympien qui devint colossal. Le rideau est tombé. Mais on souhaite qu’il se relève.


Georges MASSON