Stabat Mater de Pergolèse

STABAT MATER DE PERGOLESE :

UN MÉLANGE D’ORATORIO BAROQUE ET POPULAIRE

 

On ne s’étonnera pas des nouvelles approches proposées du célèbre Stabat  Mater de Pergolèse quand on sait, non seulement que cette œuvre sacrée a fait l’objet de versions multiples depuis son origine en 1736, année de la mort du musicien, mais que ses interprétations diverses ont fleuri dans la période plus récente de notre baroque revival. Quand on a, par exemple, dans l’oreille, la lecture d’un René Jacobs associant l’ange du soprano garçon à l’archange de son propre contre-ténor, biseauté à l’extrême, on perçoit une sensation d’apesanteur paradisiaque. Dire que l’on revient sur terre avec la version réécrite du Concert de L’Hostel Dieu de Franck-Emmanuel Comte, puisée dans les vieux fonds d’archives de Lyon, n’a rien de péjoratif. La preuve en était donnée à Saint-Maximin de Metz, dans le cadre de la neuvième édition du Festival des Voix Sacrées.

Des deux voix solistes de la mouture originelle, le nouveau reprofilage, qui leur en conserve quelques-uns des versets, porte les autres à quatre ou à cinq. Et l’on peut dire que c’est une respiration différente qui vous habite, plus tellurique de par la raucité et le métallisme des voix d’hommes d’abord, du ténor, de la basse et surtout du baryton, qui font contraste avec la pureté quasi-angélique de la soprano, (Heather Newhouse) bien qu’elle se projette dans un lyrisme ne correspondant guère à l’époque. Leur pensée élévatrice du propos, est, elle, d’un piétisme grave, austère, qui se traduit en premier par l’alternance des interventions solistes à géométrie variable, contribuant à l’amplitude de l’œuvre dans ses versets N° 3, 5, 8 11 et son Amen final, ce qui en élargit le profil, le quintette vocal pouvant être ainsi considéré comme un chœur de solistes, sans autre groupe choral derrière.

DE LA GRAVITÉ ORANTE AUX FESTIVES TARENTELLES

La seconde nouveauté réside dans l’alternance, à quatre reprises, des douze parties du corpus initial, -charpente de l’ouvrage-, et des polyphonies d’essence populaire que les mêmes artistes, chanteurs et instrumentistes baroques, assument avec un identique bonheur et la même habileté. Or, contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, l’articulation des parties traditionnelles ne descend pas tout de suite dans la rue, les phases intercalaires étant d’une gravité quasi-funèbre, comme la Canzone et le Miserere traditionnel, confié aux trois voix d’hommes en coulisses, qui font penser à un chant de catacombes. Ce n’est qu’aux trois tarentelles qu’apparaît le côté dansant et festif, dans une vocalité plus populaire et un instrumentarium rappelant le folklore napolitain, avant d’y glisser quelque parfum exotique.

Le Stabat prend ainsi de nouvelles directions qui n’ont rien d’une trahison musicologique mais, comme le dit F.-E. Comte, présente un aspect plus philologique. On soulignera, in fine, le Quando corpus dont l’inspiration compassionnelle et l’élan d’espérance, achèvent, avec son Amen fugué en tutti, de convaincre l’assistance. De ses cinquante minutes habituelles, le Stabat prend ainsi, en une heure vingt, la dimension d’un oratorio, à la fois classique et populaire !


Georges MASSON