L'ONL à l'heure sud-américaine

Orchestre National de Lorraine : toute l’exaltation du latino-américain

 

Tourbillon latino-américain : ainsi pourrait-on qualifier le coup d’envoi de la saison de l’Orchestre National de Lorraine, ou, plutôt, son portail d’accueil dans l’arène musicale messine où Jacques Mercier coptait la cloche du retour des Caravelles. On n’avait encore jamais mis en exergue avec autant d’exaltation, les œuvres des cinq compositeurs mexicano-argentino- brésiliens appartenant l’un au XIXe siècle, les quatre autres au XXe. Il n’y a guère que celles de Villa-Lobos et celles de Ginestera qui sont isolément programmées dans les concerts européens. Dénominateur commun : malgré leur différence d’écriture, les cinq étaient marquées de cette inassouvissable rythmique mettant le public en joie, et de l’extériorisation de la musique, ludique et excitante, à laquelle la baguette du chef contribua.

La plus récente écrite en 1990 par Arturo Marquez (né en 1950), nous mit aussitôt dans le bain, l’orchestre prenant, après ses caresses champêtres, les allures d’un bigband jazzifiant et doté d’un solide pupitre de percussions, la partition amalgamant les musiques populaires d’outre-Atlantique au symphonisme occidental, avec, il faut le dire, tout le punch d’une orchestration opulente. D’une modernité un peu plus affirmée, l’énigmatique et sombre Noce de los Mayas de Revueltas, (que l’on a comparé à Stravinsky), penche vers une harmonisation plus en dissonances. Ses climats sonores ibériques, dorés aux couleurs mexicaines, sont ici tendus vers un cérémonial magique passant à ce mélodisme mélancolique avant d’injecter une force quasi-explosive au 4e mouvement. La tension percussive touche ici son acmé. Suffoquant assurément.

Ginastéra ensuite (il est mort en 1983), ne serait-il pas un précurseur des deux précédents ? Son Estancia brosse à fresques, une intro tout en hachures, et son final en crescendo, met l’orchestre en état de trépidation et le public en transe. Ce sont les portées dont l’écriture est des plus fouillées.

Mais quid de la contemporaine dans ces œuvres ? Tous ont échappé à la torture des dodécaphonistes et à la voix sacrée des sérialistes du vieux continent, une direction à laquelle ils ont préféré son terreau symphonique, classique et moderne. Ce n’est qu’au fil d’un concert de ce type qu’on peut mieux se rendre compte des évolutions parfois antipodales de la musique.

Les 300 choristes de Résonances lorraines ont été d’une patience d’anges dans leurs costumes noirs et juchés sur les gradins du paradis de l’Arsenal, car ils ne sont intervenus qu’au Choros de Villa-Lobos dont le mouvement final ne leur accorde que dix petites minutes en une sorte d’ostinatos et d’onomatopées vocales servant plutôt le matériau instrumental. Le bis, heureusement leur revenait. Mais on eût aimé les entendre dans une œuvre qui les eût mieux mis en valeur.

Fort peu connu sous nos latitudes, Melesio Moralesti fermait le ban avec sa Sinfonia Vapor de 1869, célébrant le culte de la locomotive, qui ressemblait bougrement à l’ouverture de la Vie Parisienne d’Offenbach mais en plus pittoresque, puisque la Banda de Neira de Colombie y apportait la touche populaire de ses cuivres et de ses bois. Tous, en tout cas, se sont investis à fond, sous le fanion de Jacques Mercier, accro à ces couleurs et à ces rythmes décoiffants, auxquels il apporta plus que des battements de cœur, quelques vibrations d’âme.

Georges MASSON