Le Saint-Saëns était superbe

On n’était pas à la Madeleine… mais le Saint-Saëns était superbe !

Arsenal – 14 octobre 20


Le public serait-il frileux à l’approche d’une certaine musique française ciblée sur un néoclassicisme à la charnière des XIXe et XXe siècles ? La grande salle de l’Arsenal était un tantinet clairsemée au premier concert d’abonnement de la saison de l’Orchestre National de Lorraine. Et pourtant, Jacques Mercier avait mitonné aux petits oignons un programme inédit : coupler deux symphonies avec orgue et les chapeauter par la Rédemption de César Franck, n’était-ce pas les délivrer d’un injuste ostracisme ? Dans ces prolégomènes méditatifs où le Pater Séraphicus plongea l’auditoire dans son univers mystique avant de se catéchiser dans les leitmotive wagnériens aux accents de Chasseur maudit, le chef, comme toujours, passionné par le répertoire rejeté au bas des sentiers battus, a sciemment inscrit un quasi-inconnu : Alexandre Guilmant. Du plus oublié (aujourd’hui) des organistes de son temps, Mercier en a exhumé son opus 91, à la pompière introduction suivie d’un thème fugué (c’était la scolastique de l’époque) et où l’organiste Denis Comtet reprenait les thèmes de l’orchestre ou en les prolongeant de quelques fioritures, tout en lui apportant la couleur et le timbre de son instrument. L’ouvrage, sorti des limbes dans lesquelles il risque de replonger, a tout de même permis de mieux reconnaître cette facture conventionnelle qui n’est pas inintéressante par son élégant mélodisme que l’on dira convenu. Mais c’est carré, construit, et on y lit la science contrapuntique et harmonique qu’on développait à l’envi dans les allées de la Scola Cantorum dont il était le co-fondateur.


L’O.N.L. FULGURANT

Cerise sur le gâteau académique ? La Troisième Symphonie « avec orgue » de Camille Saint-Saëns, lequel, lui non plus, n’a jamais été pris dans les rets de l’impressionnisme ambiant, domina la soirée. Jacques Mercier en saisit la carrure, en souligne l’éclat, la brillance, le miroitement, propres à ce champion de la construction et de l’harmonisation, dont il dégage le virtuose massif des cordes claires, le flamboiement des cuivres (par trois et avec quatre cors) et des bois, (par trois également), sans en oublier la souple liaison, le pittoresque révélé du scherzo, ni l’appoint coloral du piano et de l’orgue. Si ce dernier s’impose au final, malgré les enceintes acoustiques amplifiant le triple clavier, il ne pouvait guère se substituer au monumental Cavaillé-Coll de l’église très parisienne de la Madeleine, sur lequel l’auteur de la Suite algérienne (que l’on ne joue plus !) trônait. Mais contraste total au choral en bis de Comtet. L’O.N.L. lui, aura été d’une ardeur immarcescible.

 

Georges MASSON