Rachmaninov et Scriabine

Pianiste russe, chef japonais…et l’O.N.L. en forme

 

Le Second concerto de Rachmaninov est une sorte d’empyrée pour les pianistes et le réservoir favori des cinéastes. Certains solistes en profitent pour faire le paon qui se regarde, d’autres en ont une approche plus réfléchie. Alexeï Volodin est de ceux-là. Il appartient, à 35 ans, à cette génération des interprètes russes qui n’ont pas le hachoir implacable dans leurs mains martyrisant le clavier. Richter en fut, sans pour autant que l’on renie son génie pianistique. Le contour des traits n’a rien d’angulaire chez Volodin, et il les dessine en courbes finement libérées. De plus, il domestique sa virtuosité de telle sorte qu’elle n’apparaisse pas comme une brillante démonstration d’égo. A l’opposé, il l’assimile, l’intériorise et, grâce à son exceptionnel niveau de technicité, il lui confère une allure signifiante, comme si elle coulait avec la désarmante facilité d’un toucher à la fois d’une rigoureuse maîtrise et d’une légèreté toute féline. N’y aurait-il pas une sorte de parentèle artistique avec Berezowsky, plusieurs fois invité à L’Arsenal et qui le sera à nouveau en mai 2013 dans le Troisième concerto de Rachmaninov, sous la direction de Jacques Mercier cette fois ? Consanguinité.

Or, malgré tout, son premier mouvement, réputé pour sa vigueur, ne se dessinait pas nettement ni ne se détachait de l’orchestre, -l’O.N.L.-, assez gourmand, il est vrai, de la puissance colorée que lui injecte le chef japonais, Naoto Otomo. Il creuse le registre grave des cordes qui se libèrent en légatos fluides et en profite pour traiter les pupitres avec dilection sachant qu’il a sous la main une formation à laquelle on n’apprend guère à faire mieux. Pas de bavure. Et quelle netteté des cuivres dont les cors ! C’est, vraisemblablement, parce que la phalange mettait trop la gomme, que Volodin, un peu noyé et flou, fut moins audible au début, tandis qu’après les nostalgies discrètes et sans langueur d’un second mouvement tissé dans les tulles arachnéens, il cisela le final vertigineux de ses accords nourris, révélant sa puissance sans esbroufe et cultivant les ressorts intérieurs d’une sensibilité à la mesure du piano symphonique.

 

SCRIABINE REDÉCOUVERT

On a pratiquement occulté les symphonies de Scriabine, ce théosophe à la recherche de spiritualité extatique, et on n’a retenu de lui que son vaste catalogue pour piano. Aussi, ce fut, pour beaucoup, un (re)découvert de sa Seconde, avide de belles sonorités, d’un style assez neuf et volontiers russo-wagnérien.

Naoto Otomo, est, lui aussi, friand de ses marches ascensionnelles portées par la houle orchestrale, ses thèmes relevant d’une jouissance sonore largement étalée. Avec quelques répétitives beautés et autres longueurs en démultiplié. Le chef canalise ses poussées déferlantes, menant le quatuor et les vents à leur degré d’ivresse et au-delà. Il ne rechigne pas à les porter vers le triomphalisme voire le pompiérisme de son final, après un « Tempestoso » surfant sur les vagues déchaînées. Intéressant tout de même.


Georges MASSON