Schumann et Schubert

Schumann confidentiel,  Schubert beethovénien …

 

Les solistes à cordes ont tendance aujourd’hui à délaisser, dans  l’interprétation  de leurs concertos, le lyrisme brûlant, l’élan souverain, la ferveur exaltée. Ce fut le cas de Yan  Levionnois, violoncelliste de la nouvelle génération et qui  s’est déjà fait un nom dans  le cercle des virtuoses de l’archet,  et surtout depuis  qu’il a été nominé en 2011 aux Victoires de la Musique classique.  A croire que l’on ne suit plus la ligne tracée par les piliers de l’école française que furent les Tortelier, Navarra, Fournier, Gendron, sans compter l’incandescente Jacqueline Du Pré. Mais venons-en à cette prestation donnée dans le cadre du dernier concert de l’Orchestre National de Lorraine.

On ne niera pas les qualités instrumentales de Yan Levionnois, 22 ans, dont la technique semble d’une telle facilité qu’elle est invisible.  Dans son jeu, on perçoit en premier, sa fibre de chambriste car il joue souvent avec de fameux quartettistes, et on se dit qu’il est un peu trop réservé, en regard du Concerto de Robert Schumann, ce romantique allemand la plupart du temps traduit avec intensité et un profond engagement, tel que l’avait illustré en son temps l’incontournable  Rostropovitch. Le jeune Tourangeau est, certes, une valeur de premier plan, mais une valeur d’avenir. Pour l’heure, il aborde, sous la baguette de Jacques Mercier, ses trois mouvements enchaînés où l’on  goûte  les sons filés d’une pureté incontestable  et ses coups d’archet caressant  la corde. Son lyrisme est présent mais il le livre en toute intimité, à l’Adagio en particulier. Plus rêveur que rebelle,  quoi. Mais on eut préféré,  en plus de son jeu lisse, de son timbre charmant, de sa sonorité immaculée, l’élan et la fièvre que son compositeur appelle. Le chef et l’orchestre avaient pourtant pris le soin d’assurer un accompagnement en mezza voce, mais le soliste était malgré tout quelque peu couvert. Très applaudi par le public d’un Arsenal  rempli (concert  du RotaryClub)  il le gratifia d’un bis, « Ghirlarzana » pour violoncelle seul, de Jacques Ibert.

 

TRANSCENDER  LES  CéLESTES  LONGUEURS …

Ayant chapeauté le programme  avec l’Ouverture de Manfred, Jacques Mercier nous livra en seconde partie, un Schubert aux confins de sa vie. Tout au long de ses quarante-cinq minutes, il confère à sa Neuvième Symphonie, une carrure beethovénienne. Il la structure en lui insufflant les couleurs du romantisme, et par ses progressions suivies de leur apaisement tout en demi-teintes. Une quête ultime du compositeur qui ne ressemble en rien aux douloureuses confidences de son dernier et  poignant  quintette de 1828. Cette "Ut majeur" est un monument  et le chef la traite ainsi. Avec une rythmique judicieusement tranchée, il tend à diversifier  les "célestes longueurs" d’une œuvre, répétitive à l’évidence. Il en canalise la fatale désespérance de son Allegro ancré solidement dans son lancinant tempo ma non troppo, il en cadre le dramatisme non forcé de son Andante, fait saillir son Scherzo lumineux et son Trio apaisé, abordant son Final vibrant qui parachève l’architecture. Solide version en tout cas. En bis, un extrait  du ballet Rosamonde de Schubert.

 

Georges MASSON