Trente années de valses

Déjà trente années de valses d’ici et d’ailleurs…

 

On l’a peut-être oublié mais les passionnés des musiques heureuses s’en souviennent. Il y a trente ans, à un jour près, le tout premier concert de valses de fin d’année était lancé à Metz par Emmanuel Krivine à la tête de l’Orchestre Philharmonique de Lorraine, à l’ancien Palais des sports de l’Ile Saint-Symphorien. Souvenirs, souvenirs…Non pas ceux que chantait jadis Johnny Halliday, mais ceux d’une soirée toute illuminée et enguirlandée des sapins de « Noël de Joie », où les boutons de roses fleurissaient la boutonnière des musiciens, et où le programme enchaînait marches anglaise, tchèque, barcarolle française, airs viennois, hongrois, valse russe, charme slave, chant magyar avec une fougue toute balkanique. Déjà, la rituelle et indissolvable Marche de Radetzky, battait son plein au final ! Depuis, à chaque bout de l’an, les fidèles sont au rendez-vous ce cette grand’messe des rythmes à deux ou à trois temps, avec, chaque fois ou presque, une thématique particulière, où certaines soirées conviaient le Ballet du théâtre de Metz, dansant sur l’avant-scène de la grande salle de L’Arsenal qui venait d’essuyer les plâtres. Ce cosmopolitisme musical où les miscellanées du plaisir se perpétuaient chaque Nouvel an, est revenu parfois aux fondamentaux, où, sortant des clous de la tradition, les valses viennoises les moins connues n’étaient pas toujours les meilleures.

HOMMAGES  STRAUSSIENS ET OFFENBACHIQUES

En ces 28 et 29 décembre 2011, Jacques Mercier, au pupitre de l’Orchestre National de Lorraine, n’a pas franchi la ligne jaune, mais, par contre, a choisi la subtile confrontation entre les trois Strauss (Johann père, fils et Josef) et Jacques Offenbach le parisien d’adoption, non pas pour réveiller les bisbilles franco-allemandes, mais pour souligner ce que les quatre valseurs avaient en commun, à travers leur style, leurs échanges, leur copiage, leurs rythmes similaires, leurs confluences, chacune des pièces étant enrobée de petites anecdotes. Et le narrateur du jour, en l’occurrence Jacques Mercier, se livra à ce jeu d’équilibre des barres de mesures parallèles et leur juxtaposition habile, pesant les différences, et donnant la part belle aux Viennois tout en inclinant vers le Rhénan de Paris.

D’entrée, la Marche de Napoléon de Strauss II affichait la couleur, la Valse de Paris de Strauss I flirtait avec La Marseillaise, son Quadrille d’Orphée, ses polkas La Parisienne, La Bayadère et La Bluette, respiraient nettement la brise hexagonale. De Jacques Offenbach, Jacques Mercier peaufina son arachnéen Ballet des Flocons de neige, inspiré du Voyage dans la Lune de notre Nantais Jules Verne. Bref, il ne manquait aux couleurs musicales, que celles du bleu-blanc-rouge. Au rebours des rythmes fanfarons, avec force cuivres et sillons mélodiques généreusement creusés, dont quelques chefs nous gratifièrent à l’occasion, c’est bien davantage des tempos fluides, la fine musicalité, l’élégance, la limpidité du quatuor comme l’aération des vents et la dentelle sonore qui ravirent l’œil et l’oreille du spectateur. Il fallait quand même que le chef donnât son coup de chapeau à l’Autriche en terminant sur la Valse de l’Empereur.

Interprétation « à la française » ? Sans doute. Aux bulles de champagne des trinqueurs, suivit la mousse de la Radetsky, celle du Galop des Chinois (!) et du "Galop inferrnal" d’Orphée aux enfers. C’est donc Offenbach qui eut droit, non pas à la dernière goutte, mais à l’ultime note !

 

Georges MASSON