Gabriel Pierné

Une rareté : le Quintette de Gabriel Pierné

 

 Il est des perles que l’on dévoile rarement. Le Quintette pour piano et cordes de Gabriel Pierné est de celles-là. Depuis quand ne l’avait-on pas joué à Metz ? Mystère. Or, au crépuscule d’un jour d’octobre 1969, le Trio Pasquier élargi l’avait interprété à l’issue de l’inauguration du Square parisien qui porte le nom du compositeur messin, à un jet de pierre de l’Institut de France. Le monde musical s’y pressa, de Messiaen à Marcel Dupré, de Madeleine Milhaud à Henri Sauguet, d’Emmanuel Bondeville à Tony Aubin et à Henri Busser. Les deux filles et le fils du musicien, le  peintre Jean Pierné, y étaient. Et voilà que Metz se réveille à nouveau grâce au Quatuor Ardeo et au pianiste David Violi qui, invités à la « Biennale En Terre romantique », l’ont interprété  mais d’une manière bien différente car,  au rebours d’une lecture oscillant entre la gravité franckiste et les rêveries fauréennes, c’est vers une modernité post-debussyste qu’ils ont conduit cette œuvre fouillée (40 minutes), que Pierné avait écrite en 1916 mais qui ne fut créée qu’après la terrible guerre.

Ses interprètes en abordent le premier mouvement  en filigrane, glissant vers les houles plaintives et mystérieuses, avant que le thème s’exalte en dissonances et jusqu’à l’exacerbation. On y reconnaît les pulsions lyriques du Quatuor de l’auteur de Pelléas, mais son délicat onirisme se mue bientôt  en nuances paroxystiques avant un retour vers le halo des brumes. C’est une plume passionnée qui en coule les parties anguiformes avec cet art de l’intrication,  et  qui n’avaient encore jamais été explorées avec une telle projection vers une contemporanéité d’époque. On retrouvait le charmant Pierné dans ce scherzo à la rythmique à cloche-pied, assez proustien d’esprit, avec ses touches picturales,  sa construction dense et fouillée, que le Final amplifia encore, harmoniquement très construit, à la fois impalpable, nébuleux  et heurté. Voilà qui mériterait, assurément, une gravure discographique en vue d’un cent-cinquantenaire qui se profile.

 Le Quintette - parfaitement inconnu - de Théodore Dubois, l’avait précédé. Celui dont on ne connaissait que la face didactique et dont le Traité d’harmonie avait,  pour certains, un aspect plutôt rébarbatif, nous fit goûter,  au travers d’un néo-classicisme forcément taillé au carré, un délicieux 3 / 4 au mélodisme charmant, tout en inclinant vers une sorte d’ivresse sonore. Si la douceur mélancolique habite son Andante, son Final, brillant à la Saint-Saëns, entrecoupé d’un thème lent, ne se priva pas de traits de virtuosité ni de saillies de cordes, le tout joliment biseauté.

 

 Georges  MASSON