L'auberge du cheval blanc

La meilleure auberge des fêtes de fin d’année ?

 

Alors que les oiseaux de malheur ne cessent de proclamer que le genre lyrique léger vieillit, s’épuise et va mourir, le prototype viennois de 80 ans qu’est L’Auberge du Cheval blanc ne cesse de rajeunir tant il a été relooké à l’américaine, à l’italienne et, bien sûr, à la française, et tant il remplit les salles à ras bord, à l’exemple de ses cinq représentations à l’Opéra-Théâtre de Metz aux portes duquel on se pousse. Sa coproduction avec Avignon ne se présentait pas sous les meilleurs augures, avec son décor unique annoncé, ce qui eut été superbement lassant. Or, sa carte postale stéréotypée des sapins, du hall d’hôtel, de son horizon bleuté et de son inévitable chapelle, était dardée au soleil des luminaristes faisant briller la scène et la baigner aux claires couleurs des costumes, à telle enseigne que le spectateur  se croyait dépaysé du Tyrol sur la plage d’une station balnéaire du sud méditerranéen. Mais surtout, l’astuce du metteur en scène Jacques Duparc aura été de faire oublier l’image fixe dont la compensation résidait dans l’animation débordante du plateau mêlant sans temps mort, ce que l’on ne saurait appeler une opérette à grand spectacle mais le spectacle de la comédie musicale où se croisent,  tout au long, des figures  de ballet, des chœurs qui n’ont plus rien d’immobile et jusqu’à l’acrobatie des chanteurs de la distribution. Le tout, assaisonné d’un punch rythmique des cuivres lancés à la Count Basie. La réorchestration luxuriante de l’ouvrage tenait des montagnes russes musicales, d’une virtuosité folle que seules les formations aguerries assument proprement. Et on pouvait compter sur l’O.N.L. boosté sous la baguette de Didier Benetti.

Alors, sous le palimpseste de cette partition musclée, les portées de Ralph Benatzky sembleront limitées, qui n’ont plus guère à voir avec celles d’origine, si ce n’est  la colonne vertébrale de ses airs inusables,  et, ici, coquettement enrobés. La métamorphose est quand même plus réussie, au rebours de la défiguration opérée l’an dernier sur la musique d’Un de la Canebière  de Vincent Scotto. Le couple de tête de la distribution est incarné par Michel Vaissière (Léopold, le maître d’hôtel) dont la prestance scénique ne se dément pas si l’organe vocal, toujours charmeur, est un peu moins nuancé, le  ténor, grand défenseur de l’opérette, sachant aussi donner dans le burlesque comme ce fut le cas au final. Ainsi que par Edwige Bourdy (Josépha, la patronne). Personnage à double face, elle est d’abord, l’autoritaire et explosive matrone à la désagréable voix râpeuse et rocailleuse, puis la veuve attendrie qui minaude et a ce timbre acidulé des sopranos à l’ancienne aux trémulants vibratos. Franck Thézan (Bistagne) campait bien le hâbleur à l’accent marseillais et Ivan Rebeyrol, le piquant Pinder.  On découvrit aussi la jeune génération des divettes et des trials  qui tiennent la barre, des charmantes Clémence Olivier (Sylvabelle) et Charlotte Filou (Clara),  au jeune premier Fabrice Todaro et à Florian Cléret (Piccolo), le pitre de service. Ils sont polyvalents, pleins de vie, d’ardeur, de gaîté, ils  aiment la vie d’artiste qui leur commande de jouer  à la comédie de boulevard et de chanter avec la fraîcheur de leurs rôles, et de s’associer aux bouffonneries générales.     

 

Georges MASSON