Berlin Akademia für alte Musik

Patricia Kopatchinskaja : la violoniste atypique aux pieds nus 

Arsenal 25 février 2014

 

Les 29 pupitres de l’Akademia für alte Musik de Berlin sont très forts dans le style baroque tardif, mais également dans le pré-classique et, évidemment, dans le classique tout court, et que vint diriger, à l’Arsenal, l’emblématique René Jacobs. Pas la moindre scorie dans les rangs dont la netteté, l’exactitude horlogère et l’esprit de pur divertissement, enveloppaient les deux Mozart et le Haydn. De plus, on soulignera la vélocité désarmante mais sans exhibition, des traits d’orchestre que les archets coulèrent avec ravissement. Il y avait aussi à ce concert, Patricia Kopatchinskaja, la violoniste moldave qui s’était déjà produite à Metz, en 2009, dans le concerto de Beethoven dont l’approche était, on s’en souvient, assez particulière. Or donc, la belle indomptée arrive, pieds à l’air et vêtue d’une robe écarlate à baleines genre crinoline, et nous propose sa réinvention interprétative du Concerto en ré majeur, KV 218 du divin Wolfgang Amadeus. Une conception personnelle et assurément atypique. Son Pressenda de 1834 apparait comme un prolongement de son corps et du bras qui berce l’instrument. Elle nous invente de nouvelles nuances qui ne figurent pas sur les partitions originelles et qui peuvent surprendre, agréablement ou non, telle cette introduction miniaturisée suivie de son Allegro spirituoso où se dessine l’agilité coquine d’une soliste tout émerillonnée.

ENSORCELANT ARCHET

Une technique invisible, donc incritiquable d’une virtuose qui prend ses aises dans sa cadence acrobatique qui, elle aussi, sort des sentiers mozartiens, pour s’évader vers les acrobaties paganiniennes s’évanouissant ensuite assez mystérieusement. Atypique, vous dis-je. Elle fourre ensuite de petites mignardises sonores et facétieusement confectionnées dans les mesures d’un Adagio léger et sensiblement voilé, encadré de silences et nous étonnera ainsi jusqu’au Final. Mais quelle adresse et quelles jolies caresses imaginatives. Inaccoutumé, son « bis », un Ligeti fleurant bon son folklore roumano-hongrois, était accompagné, en second violon, par le konzertmeister de l’orchestre, Bernhardt Forck. Un duo imprévu… et très acclamé. 

Le concert avait débuté par la Symphonie Linz de Mozart, jouée dans l’esprit des instruments d’époque, avec cors et trompettes naturels aux timbres malgré tout un peu trop vibrants, voire irritants. Le chef marqua fort les premiers temps de la mesure, le pupitre des vents et les puissantes timbales submergeant les cordes, occasionnèrent un léger déséquilibre des nuances. L’instrumentarium de la Symphonien° 91 de Haydn ayant été était réduit de ses deux trompettes et de sa percussion, on retrouvait une meilleure harmonisation sonore de l’ensemble. Et l’esprit vif du compositeur s’étant particulièrement manifesté au Vivace final, sa restitution joviale avait tout naturellement ravi le public.

Georges MASSON