Buster Keaton en musique

Création mondiale : Un film de Buster Keaton mis en musique à l’Arsenal

(27 mars 2014)

L’Arsenal renoue avec la série des ciné-concerts plus fréquemment programmés à l’époque où les compositeurs, -dont Martin Matalon en résidence à Metz-, écrivaient des musiques pour films muets en noir et blanc évidemment. À son tour, le compositeur François Narboni, directeur du Conservatoire de Thionville, vient de pénétrer dans le maelström de l’un d’eux, Le mécano de la General (The mecano), un tournage de 1926 dont l’acteur américain Buster Keaton est la vedette. C’est une création mondiale où «  la partition accompagne les images et suit l’action tout en possédant sa vie propre », précise le musicien imprégné d’un souvenir d’enfance qui a marqué au plus profond l’adulte devenu et qu’il fait revivre. On se souvient du synopsis, assez singulier, du film qui n’est pas sans rappeler ceux de Max Linder et autres Charlie Chaplin. Ici, le sujet tragique de la Guerre de Sécession des années 1860 à l’époque d’Abraham Lincoln opposant les esclavagistes aux abolitionnistes, est traité à la sauce burlesque. On y voit Johnnie, le mécano, tiraillé entre deux amours, sa locomotive, « la General », et sa petite amie, Annabelle Lee (qui fait penser au poème d’Edgar Poe). Les cocasseries de ces réjouissants cataclysmes faisaient jadis pouffer de rire alors qu’elles ne font plus que sourire aujourd’hui. Mais le document cinématographique bien restauré n’a pas de prix.

La musique, elle, est bien chantournée et reflète tous les avatars héroïco-pathétiques qui donnent lieu à des métaphores sonores provoquant les petits vertiges du spectateur. Elle filtre aussi des atmosphères attentistes, traduit des cadences ferroviaires, répétitives mais non descriptives au premier degré. François Narboni entretient ce climat peuplé d’attente et de mystère, entre craquèlements interrogateurs et silences assourdissants. Il utilise tous les processus d’écriture relevant de la musique contemporaine avec ses formules atonales, les nouveaux timbres instrumentaux mâtinés de rythmes de jazz historique, de sons électroniques et de disc-jockey, le tout développé par un orchestre de vingt musiciens dispersés sur scène, devant l’écran, et couplant, sous le label de l’European Contemporary Orchestra, l’Ensemble Télémaque et les Musiques Nouvelles, dirigés par Raoul Lay et Jean-Paul Dessy. Au top.

Comme quoi les vieilles bobines aux catastrophes hilarantes font bon ménage avec la musique d’aujourd’hui.

Georges MASSON