Caldara et Vivaldi

Orchestre, chœurs et soli sans chef : chapeau aux interprètes ! 

23 janvier 2014

 

Jeudi dernier, Pierre Cao était souffrant qui ne put, hélas, diriger le concert de musique sacrée donné à l’Arsenal par sa formation instrumentale Pulcinella, ses choristes d’Arsys Bourgogne et ses quatre solistes chanteurs, dans un programme d’œuvres des deux Antonio, Caldara et Vivaldi, ces doubles Vénitiens d’une génération quasi-jumelle. Seul, le violon solo donna les départs depuis son pupitre. À quoi pouvait-on s’attendre : à une conduite à risques, un accident de parcours, ou à une interprétation banale ? Non. Ce ne fut pas un divin miracle mais le résultat d’une coordination remarquable de tout l’ensemble qui s’est concrétisé au bout de quelques minutes, preuve de leur professionnalisme.

Les musiciens firent découvrir en premier, un Caldara (1671-1736) injustement ostracisé, et que l’on fait renaître peu à peu. Le programme en ciblait la part déchirante de son répertoire religieux penchant vers l’affliction, mais d’une écriture baroque solide et assez fouillée, quasi-similaire à celle de son condisciple Vivaldi qui présente, lui, l’avantage d’être plus inventif, solennel et audacieusement virtuose. On détecte aussitôt le dolorisme assumé qui pénètre le Stabat Mater que Caldera composa pour le monde catholique viennois. Les interprètes plongent dans le recueillement, sans ostentation et avec ce sentiment de piété bien contenue. L’infrangible chœur à vingt chanteurs mixtes est bien équilibré et charpenté du côté des voix masculines, les sopranos et altos, étant, elles, expressives, et leur timbre clair et corsé. L’orchestre, lui, au format de vingt-et-un pupitres, est d’une tenue respectueuse de la partition, restituée dans son baroquisme rigoureux et bien cadré avec ses instruments anciens qui ne cherchent pas le côté spectaculaire que l’on rencontre souvent dans les formations identiques La Missa dolorosa du même Caldara qui faisait suite, confirmera l’austérité de ses parties orantes dont son Kyrie, et indépendamment de son Gloria plus animé, dans les passages tout aussi introvertis. A chacune des œuvres interviennent cinq solistes, en duo, trio ou quatuor, et l’on sent tout de suite qu’ils ne confondent pas airs d’opéra et versets d’église. On distinguera toutefois les deux sopranes, souvent en duo, dont l’une, la Coréenne Yeree Suh, enfantine dans son expression virginale tranchait aux côtés de la Catalane Nuria Rial à l’organe plus mûr, fruité, et qui aura des solos très convaincants tout au long du parcours. Tout aussi musicalement irréprochable fut l’alto allemande Katharina Magiera. Quant au ténor Simon Bode, sa projection vibratoire dénotait un peu par rapport à l’homogénéité du groupe, la basse Benoît Arnould étant davantage au sein de la pensée oratorienne.

Après la redécouverte intéressante de Caldara, ce furent au contraire, deux œuvres très connues de Vivaldi que le programme avait inscrites en seconde partie et suscitant un contraste évident Comment ne pas reconnaître son Magnificat et ses exultations. Au Fecit potentiam, on y retrouvait la spontanéité du Padre Rosso et la fine élégance de son écriture contrepointée ; au Disperit ,on eut droit au duo de sopranes immaculées, jusqu’au réjouissant Gloria patri. Tout l’ensemble tenait la route sans la moindre déroute. Quant au Gloria RV 589,la précision des cordes était patente, leur virtuosité ne donnant pas dans le spectaculaire que l’on rencontre parfois. Connaissant l’œuvre par cœur, les interprètes s’investirent ainsi en toute confiance, les solistes semblant plus aguerris. Tous passaient ainsi de la joie à la dévotion, du Gratias en canon, au solo de hautbois, du réjouissant Domine Fili, au paisible recueillement du Domine Deus. Jusqu’au jubilatoire Cum Sancto Spiritu, qui fut bissé. On avait reconnu leur prouesse.

 

Georges MASSON