Haendel-Telemann

Otto :… c’est Byzance !

(1er avril 2014)

 

Tombé aux oubliettes après sa création londonienne de 1723, l’opéra Ottone, re di Germania de Haendel sur un livret en italien de Pallavicini, et de Francesco Haym qui dédia l’œuvre à Son excellence Lord Halifax, fut repatiné ensuite avec le compositeur et ami Telemann, Saxon lui aussi, pour en partager le gâteau musical mais aussi celui de sa langue, vernaculaire, pour faire bonne mesure. C’est là que l’opéra prit le nom de Otto. Il remporta un vif succès d’autant que le rôle de la princesse byzantine, incarné par la soprano Francesca Cazzoni, avait, disait-on, « un nid de rossignols dans la gorge ». L’ouvrage réapparut deux siècles plus tard, notamment à Göttingen (1921), puis Londres (1971) avant que Karlsruhe (2002) puis Vienne (2010) et, plus récemment Halle (2011/2012) ville natale de Haendel. On l’avait sûrement produit à Magdebourg, berceau de Telemann.

L’opéra a atterri cette fois, en création à Metz, dans sa version concertante, grâce aux musiciens du Concert Lorrain et sept solistes, originaires d’Allemagne, d’Angleterre, du Canada et des Etats-Unis. Une brochette de haut niveau et un orchestre de 17 musiciens qui ont restitué cette partition nouvelle comme s’ils la connaissaient au même titre qu’un Vivaldi.

L’histoire se situe aux aurores du mariage, en l’an 972, d’Otto II, le fils d’Otto le Grand, empereur du Saint-Empire germanique, avec la princesse Théophane, de l’empire byzantin. Entre querelles dynastiques avant l’acceptation de l’Empire romain d’Orient, l’œuvre est censée soutenir le mythe du bonheur éternel, célébrant l’unification de deux grandes puissances espérées pacifiques. Il faut dire que le synopsis est plutôt amphigourique, et que les spectateurs, loin de remplir la salle de l’Arsenal, avaient du mal à s’y retrouver, car le programme ne disséquait pas le déroulé des trois actes et que les bio. des chanteurs n’étaient pas accompagnées de leurs photos, si bien que les personnages, alignant leurs arias l’un après l’autre, on ne savait pas lequel entrait en scène, d’autant plus que toute la première partie était chantée en allemand, et que la seconde alternait la langue de Goethe avec celle de Dante. Déboussolant. Une partie de l’assistance ne revint pas après l’entracte.

DES BIJOUX LYRIQUES EN VEUX-TU EN VOILÀ….

La partition, elle, est d’un ravissement continu. Scindée en deux parties, chacune d’elles était introduite par une ouverture en plusieurs mouvements. Son style est davantage haendélien. On y reconnaît les formes variées du chant et leurs récitatifs. La grande particularité de cet opéra, c’est qu’il déroule, en continu, des airs alternatifs où chaque interprète entre en scène et en ressort, adoptant une gestuelle tout à fait naturelle et sans excès, et correspondant rigoureusement au caractère du personnage qu’il incarne, et intelligemment mis en espace tout autour des pupitres. Comme si l’on assistait à un récital lyrique à sept solistes, et dont la relative uniformité dans la variété ne créait pas l’ennui. Très éloignés de l’interprétation baroque, ils projetaient leurs voix aux colorismes variés. Il n’y avait pas de chef, mais c’est Stephan Schultz, violoncelle solo, qui avait la responsabilité de booster les musiciens et d’harmoniser l’orchestre avec la distribution, ce qu’il fit avec beaucoup d’adresse, tout ceci n’étant pas évident étant donné qu’il s’agissait d’un opéra. Dira-t-on qu’Otto, c’est Byzance ? Malgré sa longueur, (2 heures et demie), on suivit avec curiosité et intérêt chaque solo, seul, le septuor final, « Que la paix remplace l’orgueil et que l’amour l’emporte sur la trahison », ressemblait à un final….d’opéra.

Georges MASSON