Marathon beethoénien

Violon/piano : le marathon beethovénien

(29 et 30 mars 2014)

Le pianiste François-Frédéric Guy poursuit son voyage au long cours à l’Arsenal où il est en résidence depuis 2010. On se souvient des quelque huit étapes de son intégrale des 32 sonates de Beethoven dont la dernière foulée l’avait porté au pinacle. Ce monument constituait, a-t-on dit, un des trois piliers de la sagesse beethovénienne, les deux autres étant ses 9 symphonies et ses 17 quatuors à cordes. On aurait pu ajouter un quatrième pilier, celui portant sur les 10 sonates pour violon et piano du maître de Bonn. C’est justement cette intégrale que le pianiste ajouta à son challenge, partagé avec le violoniste Tedi Papavrami. En trois séances sur deux jours, ils atteignirent leur cime. Alors qu’il venait, avec ses parents, de fuir très tôt son Albanie natale soumise alors au régime totalitaire, Tedi, le jeune prodige, s’était déjà produit à Metz. Mature, il ne l’était pas encore mais on devinait qu’il irait loin. Soliste international il le devint. Et ce fut un réel plaisir de le réentendre, ses nombreux enregistrements nous ayant permis de suivre son parcours.

Aujourd’hui la quarantaine venue, Papavrani a, au fil des ans, métamorphosé sa technique archetière devenue plus rigoureuse et d’une infaillibilité confondante, son jeu instrumental étant illuminé d’une fine expressivité et d’une fraîcheur subtile. Ecole française évidemment. Le tandem a donc parcouru, Salle de l’Esplanade, une première étape comportant les opus initiaux d’un Ludwig van de 27 ans fleurant bon les réminiscences mozartiennes où le violoniste déploie sa juvénilité pérenne, sa fibre lyrique émergeant, pudique toujours, et dont on mesurera le vibrato limpide tout au long du parcours. François-Frédéric Guy l’accompagne avec une grande précision, mais dès la première des trois sonates de l’opus 12, il semblait jouer les solistes, dominant un peu les cordes de son partenaire, bien que son jeu soit d’une coulée ondulatoire impeccable. Leur virtuosité est quasi-permanente, qui se croise avec élégance, sans toutefois s’étaler pour elle-même mais en la canalisant d’une façon naturelle. Bien qu’ayant chacun sa marque de fabrique, plus chatoyante chez l’un, plus rigoriste chez l’autre, ils fonctionnent en toute complicité.

AU ZÉNITH

Le premier soir fut dominé par une des plus belles sonates, la cinquième de l’opus 24 qui respire la poétique de son titre, Le Printemps. Quittant les courtes thématiques plus classiques, le maître de Bonn flirtant avec les douceurs du romantisme naissant, fera la part belle au violoniste qui aborde cette sonate en fa majeur, avec un sens mélodique d’une extrême délicatesse en regard d’une partie de piano à l’ornementation bien calculée enveloppent les traits d’archet. Après les matutinaux opus du lendemain, le duo abordait l’après-midi, deux perles rares. Le tandem avait placé, on devine pourquoi, la Dixième sonate de l’opus 96, avant la Neuvième de l’opus 47 qui bouclait le marathon en toute majesté, parce que c’était la Kreutzer, la plus émérite. Tout en transparence la Dixième dégageait une belle inspiration thématique respectant la forme sonate et dans laquelle Papavrami déploya son jeu le plus sincère, soignant la conduite mélodique dans toute sa simplicité rêveuse, le pianiste observant une ligne de clarté digitale inébranlable. Puis vint la Neuvième où le violon distilla son inégalable pureté, croisant la vigueur maîtrisée du clavier. On touchait le culmen de l’art.

Georges MASSON