Morgenstern Trio

De la musique de chambre aux douces efflorescences

3 décembre 2013

 

L’Étoile du matin est à nouveau montée un soir au ciel de l’Arsenal. Traduisez : les Morgenstern sont revenus : Catherine Klipfel, piano, Stefan Hempel, violon, et Emanuel Wehse, violoncelle. Un saut en avant sans conteste. Leur approche des partitions en trio relevant d’un biseautage d’une extrême précision et d’une caractérisation qui est la leur, relève de l’exploit des ensembles de chambre parcourant la planète. Ils nous ont surpris par leur vision d’un Ravel à contre-courant des interprétations néo-classiques que nos oreilles filtrent en général, et auxquelles se substitue une lecture ondoyante et qui vous captive. Ils abordent le 1er mouvement de son Trio en La mineur, plus lent que le modéré habituel et surtout avec cette rareté immatérielle et toute filigranée de la pianiste dont les doigts glissent à fleur de peau sur l’ivoire, survolant les purs archets, et qui, tous trois, naviguent entre onirisme et pulsions cauchemardesques avant d’allumer la veilleuse du sommeil. Idem au Pantum, un scherzo aux traits fugaces, sautillants, tournant en boucle et jouant les contrastes. Le mouvement lent de la Passacaille se déroule, lui, comme un long rêve tranquille avec ses phases de pénombre jusqu’au réveil serein d’un Final avec son reliquat de soubresauts mais sans les effets tonitruants qu’on lui prête parfois.

MENDELSSOHN : ROMANTISME À LA FRANCAISE ?

Puis, anticipant la rythmique et les thèmes de ses futures comédies musicales, le court Trio de jeunesse de Léonard Bernstein, assez peu joué et, en vérité, pas terriblement captivant, est plus proche du style néo-classique du type Groupe des six, sans que ses interprètes en syncopent trop les mouvements un tantinet jazzy, et dont ils en dessinent le tissu sonore particulier flirtant avec les mélodies populaires. En fait, le second moment réjouissant de la soirée se trouvait dans le choix de l’Opus 66 de Mendelssohn. Mais, a contrario de l’habituelle agitation enfiévrée des thèmes aux élans bien nourris de la palette du romantisme allemand,  les trois partenaires en relevèrent davantage la fraîcheur spontanée et la légèreté de leurs effluves mélodiques. Leur Andante était tout de poésie et d’empathie, et leur final, d’une irrépressible vélocité, coulait son charme limpide au travers de l’irrésistible qualité mélodique que l’on serait tenté d’assimiler à notre légèreté hexagonale. Il était naturel que notre Étoile du matin choisisse parmi ses « bis », le…Matin de printemps de Lili Boulanger.

Georges MASSON