Orchestre SWR de Stuttgart

Orchestre de la SWR de Stuttgart

 Quand le chef d’orchestre vampirise le soliste 

24 janvier 2014

 

La venue -attendue- de l’Orchestre de la Radio de Stuttgart, à l’Arsenal de Metz, figurera parmi les grands moments symphoniques de la saison. Kolossal… bien évidemment. La configuration réfléchie de ses 90 pupitres disposés, à l’aise, sur toute la surface de scène, procédait d’une répartition assez particulière des 60 cordes, avec les violoncelles en ventre et les 8 contrebasses en ligne de fond, derrière les rangs des vents, le rendu sonore étant inhabituel, bien que les cuivres bénéficient malgré tout de leur position dominante. De par la direction compulsive du chef Stéphane Denève, on pouvait s’attendre à une interprétation assez différente de celle que le public avait l’habitude d’entendre. On remarqua bien vite que la Pavane pour une Infante défunte avait une carrure bien nourrie ne reflétant pas particulièrement la limpidité ouatée dont Ravel est coutumier. Mais on sentait que le conducteur, voulant valoriser ses musiciens, arborait une véritable empathie pour la grande salle du Palais Bofill et dont il semblait considérer l’acoustique remarquable tout en dirigeant.

Dans cette foulée, il mit également le paquet sur l’orchestre en dirigeant le Quatrième concerto de Rachmaninov, tout comme s’il faisait exploser une symphonie ou son poème symphonique, L’Ile des Morts. Ce n’est pas d’aujourd’hui que l’on avait remarqué la sacrée habitude de certains chefs, de vampiriser les solistes. Résultat ? Le pianiste Nicholas Angelich dont le style et l’approche sont, on le sait, aux antipodes d’une déferlante à la Richter, était indûment couvert, notamment aux 1er et 3e mouvements, alors que ses mains soignaient les boucles limpides épousant le clavier, seul, le Largo faisant mieux apparaître le toucher sensible du soliste. Finalement, ce n’est qu’aux deux bis rachmaninoviens joués dans la même foulée, que Nicholas Angelich, compensant la frustration qu’aura pu ressentir une partie du public, qu’on put mieux mesurer la sensibilité retenue, la musicalité captivante et la virtuosité du célèbre invité.

MOLOSSE ORCHESTRAL

Par contre, on saluera Stéphane Denève pour le choix qu’il fit des Métaboles de Dutilleux, comme un hommage rendu au compositeur mort l’an dernier. Dire que certains de ses contemporains l’appelaient Monsieur Dutilleul, sous prétexte qu’il n’entrait pas dans la catégorie des avant-gardistes du moment ! C’est Stuttgart dans son effectif maximum qui développa les cinq parties de l’ouvrage restitué dans toute sa puissance, selon une version comme on ne l’avait encore jamais entendue. Taillées dans le roc, ces pièces, éclatantes, rigoureusement et géométriquement écrites dans leur atonalité, leurs effets percussifs, leur flamboyance, furent une découverte pour beaucoup. Leur répondirent les récifs et les remous de la 2e Suite de L’Oiseau de feu de Stravinski, créée à Paris en 1910 par Gabriel Pierné dont l’Orchestre Colonne n’avait, bien sûr, pas la même force de projection que les pupitres boostés par le chef du jour. Interprétation robuste, riche en couleurs appuyées, riche en contrastes aussi, et dont on retiendra parmi les cinq pièces, la Danse infernale de Kachtcheï. La salle tremblait. Les bras étaient debout. Et le chef eut l’élégance de jouer en bis, l’Ouverture de la musique de scène de L’Arlésienne de Bizet. Tempo di super marcia, s.v.p.!

Georges MASSON