War Requiem de Britten

Le War Requiem de Britten : une fulgurante symphonie vocale

21 novembre 2013

 

Rarement construit in vivo bien qu’enregistré souvent, le War Requiem de Benjamin Britten avait été monté à l’Arsenal en janvier 2006. Jacques Mercier à la tête de l’O.N.L. en avait souligné l’expression grave, faisant passer l’impressionnant message à la fois solennel, compassionnel et recueilli. La récente interprétation avec la Deutsche Radio Philharmonie de Sarrebrück-Kaiserslautern, présentait -on n’en eut pas douté-, une approche plus germanique qu’anglo-saxonne, les chœurs, les trois solistes vocaux et le chef Ralf Otto étant eux-mêmes originaires d’Outre-Rhin. On fut donc en présence d’un orchestre grand format, (sans son ensemble de musique de chambre censé le jouxter), la géographie de la formation étant calculée sur toute la surface de scène avec son quatuor espacé et aéré, au milieu duquel étaient plantées les grosses caisses, les percussions étant, elles,  étagées en arrière des cuivres par quatre, des bois par trois, et des cors à huit dont un aux pieds du chef. Les chœurs mixtes d’adultes (125) occupaient symétriquement tous les gradins du « paradis », les sopranos garçons (30) étant logés sur les escaliers de droite. Tout était donc bien calculé pour favoriser la spatialisation souhaitée de chacun des éléments sonores, leurs contrastes entre proximité et distance. Exemple de la rigueur et de la discipline allemandes.

LA RELIGIOSITÉ ESTOMPÉE

Alors il est évident que l’on s’éloignait de la conception dans laquelle les pupitres anglais abordent, eux, cette symphonie vocale, ne serait-ce que par la restitution chantée de la langue de Shakespeare aux intonations onctueuses, et l’étalement des masses plus aérienne. On ne les retrouva évidemment pas dans les parties solistes du ténor et du baryton à travers les déchirants poèmes de Wilfred Owen. Brutal d’abord, Christoph Prégardien qui affinera son ténor par la suite et Thomas E. Bauer dont le baryton traduit plus intérieurement le traumatisme ressenti, sont plus proches de la prosodie articulée de la langue de Goethe. Or, ils sont à l’opposite de la soprano munichoise Susanne Bernhard, d’une magnifique tenue vocale et qui projette ses solos depuis le point central qu’elle occupe au cœur du dispositif. Mais elle ne diffuse pas l’aura séraphique et l’angélisme apaisant que l’on attend. D’ailleurs, l’aspect dévotionnel n’apparait guère tout au long des explosions de ces massifs, choral comme orchestral, et qui lancent leur thrène de révolte contre toutes les guerres. La restitution rigoriste, implacable, marmoréenne avec ses phases pénombrales, d’autres fusillantes, réunissent tout un panel de nuances allant d’un minimalisme estompé et lointain des chœurs, à la détonation rageuse de tout l’ensemble que l’on trouve même dans certaines phases d’expression liturgique en latin qui perdent ainsi tout contenu biblique. Cependant les chœurs mixtes savent parfaitement étager leur propos. Le chœur d’enfants, lui, présente une limpide articulation chantée du texte latin que l’on ne décèle pas toujours dans l’appareil vocal adulte, mais auquel il faut concéder le contraste entre la prosodie atténuée et lointaine et la projection des puissants crescendos sur toute la ligne et surtout au Dies Irae et au Libera me. Impressionnante, la force inextinguible de la houle sonore avait sidéré l’auditoire.

Georges MASSON