Casse-Noisette 20 décembre 2013

 Quand la danse prend le pas sur l’opérette

 

Cinq représentations à guichets fermés ! C’est rare pour un spectacle de ballet que la compagnie de l’Opéra-Théâtre de Metz Métropole offre assez joliment il faut le dire pour les fêtes de fin d’année, alors qu’elle en prévoit deux séances dans ses programmes de saison. Faute de grives mangerait-on des merles ? Les amateurs de lyrique léger attendaient leur  opérette qui s’impose à Noël comme un rituel sacré. Elle est, cette fois passée à la trappe. Dommage. Mais revenons à nos moutons. Telle qu’elle était, la conception chorégraphique du Casse- Noisette de Tchaïkovski ne pouvait que ravir le public misonéiste qui n’aime pas les scénographies décalées que ce soit en matière de danse que de théâtre lyrique. Laurence Bolsigner qui a ce ballet dans les veines pour en avoir interprété maintes fois en vingt ans le rôle principal de Clara, avait les batteries bien chargées pour en concevoir une version proche de celles qu’elle avait dansées. Si elle s’autorise quelques fantaisies bien vues, elle suit cependant la ligne de conduite des ballets classico-romantiques, puisant son miel chez les grands chorégraphes qu’elle connait par cœur.

UN TRAVAIL COLLECTIF

Les ballerines nous offrent des jeux sur pointes parfaitement calibrés, et l’ensemble des quatorze danseurs fonctionne à tempo égal et précis avec l’Orchestre national de Lorraine dont  David Heusel  livre, de la fosse, le symphonisme ludique et enchanteur d’une partition correctement ajustée par rapport au plateau, ce qui témoignait d’un travail anticipatoire bien rodé. Tout est nickel, des variations de batterie, aux arabesques variées. Les costumes en abondance, sont réinventés par deux danseurs, Brice Lourenço et Valérian Antoine qui ont puisé leur imagination dans les productions célèbres en y ajoutant leur touche propre avec leurs prétintailles et leurs falbalas, conduisant vers le patchwork des couleurs, une multiplicité de styles entre complets classiques, robes de soirée, petites tenues, fourrures et surtout les vêtures bariolées et typiquement exotiques au moment des divertissements du 2e acte, à l’arabe, à la chinoise, à la russe.... Les décors du premier acte impressionnent par leur haute arche en berceau, et, au II, cette même arche est métamorphosée en arbres allongés rendus  fantasmatiques grâce aux éclairages adéquats. Cela rappelle la touche de Jacques Griesemer, revenu sur le plateau pour en articuler la scénographie et dont on doit saluer la patte du peintre qui s’est substitué au décorateur qu’il fut, et dont l’exposition au foyer Ambroise Thomas révèle tous les talents.

La troupe s’en sort donc pas mal avec ses scènes en tutus, et l’on appréciera tout particulièrement la fraîcheur d’une Clara très présente (Kim Maï Do Danh) de même que le  grand pas de deux au moment de l’ adage dansé à la fin du II par le Prince (Gleb Lyamenkoff) véritable danseur étoile et sa partenaire la Fée dragée (Solène Burel). Drosselmeyer (Valerian Antoine) n’est pas ce chresmologue qui domine son petit monde mais cette sorte de chevalier blanc dont il revêt la tenue nivéenne et le haut de forme idem. Travail collectif, assurément, Laurence Bolsigner s’imposant naturellement dans la foulée de son prédécesseur Patrick Salliot.

Georges MASSON