Hansel et Gretel

Quand le rêve de Humperdinck se réveille sur scène

 

La féerie en trois tableaux Hänsel und Gretel est le seul ouvrage qui ait émergé des flots lyriques de Humperdinck ; et, si ce conte théâtral est produit régulièrement sur les scènes d’Outre-Rhin, les plateaux hexagonaux n’ont pas été très chauds à le monter. Or, l’an dernier, l’Opéra de Paris le joua et même l’inscrivit à son répertoire, comme pour se racheter de ne l’avoir programmé plus souvent depuis sa création parisienne, à la charnière des XIXe-XXe siècles, sous la direction d’André Messager mais dans sa version française, traduite par Catulle Mendès. La nouvelle production de l’Opéra-Théâtre de Metz Métropole en a respecté le livret vernaculaire, et c’est très bien ainsi car l’œuvre est plus authentique lorsqu’elle est chantée dans la langue de Goethe, le surtitrage en français étant le bienvenu. Mais il n’était pas indispensable de transposer l’histoire tudesque au lendemain de la Seconde guerre mondiale, ce qui n’apportait rien à la fantasmagorie du sujet qui s’éloignait de son caractère populaire bien typé.

Bien qu’elle fut apparue au temps où l’on dépiautait la psychanalyse, la mise en scène de cette Märchenspiel ne bousculait pas les principes du bon Sigmund Freud, et Pénélope Bergeret ne s’est pas référée aux conceptions idéelles du moment, mais a adopté et suivi l’histoire elle-même, tirée des contes de Grimm et nous en servir la narration musicale avec ses peurs, sa cruauté, ses espiègleries et autres effets terrifiants, les petits Hänsel et Gretel westphaliens étant en quelque sorte le pendant de L’Enfant et les sortilèges français de Maurice Ravel. En cela, la chorégraphe était à l’aise, qui peupla la scène de personnages fantasques, dont ceux du ballet, dansant du côté cour au côté jardin et vice-versa, et dont les trajectoires mouvantes animaient les tableaux, cette mise en scène s’ajoutant à l’action théâtrale des chanteurs eux-mêmes. Les décors pas particulièrement fantasmatiques, n’étaient évocateurs qu’au 2e et au 3e tableaux, et les costumes de Dominique Burté, fabulistes et chamarrés à l’envi. Un travail collectif à hauteur de la maison.

BON CASTING DES CHANTEURS

Les deux rôles-titres furent tenus en toute complémentarité par la mezzo Catherine Trautmann (Hänsel) et la soprano Léonie Renaud (Gretel), qui sont avant tout le cœur mélodique et charmant de l’œuvre. Elles ont su préserver cette juvénilité de timbre et de couleur, ce qui n’est pas évident chez les chanteuses lyriques, de même que leur gestuelle sut être aussi naturelle que spontanée. Le contraste était évident par rapport au rôle binaire des parents, avec le solide baryton wagnérien de Matthieu Lecroart (Peter) et le soprano projeté de Sylvie Bichebois, (Gertrud) dont les conversations chantées se situaient au niveau de l’expression dramatique d’une œuvre qui, dans son ensemble, est l’héritière du Singspiel avec les chansons populaires enfantines germaniques qui l’habitent. Aussi, la comparaison avec Wagner de Humperdinck dont il fut certes le suiveur, n’est pas flagrante ici, hormis dans quelques phases symphoniques et le 3e tableau où l’empreinte des Murmures de la Forêt du maître de Bayreuth apparait. L’Orchestre National de Lorraine aborde l’œuvre avec une certaine distance au début, avant de mieux se déployer ensuite, sous la direction de Benjamin Pionnier. Le 3e tableau fut le plus réussi au moment du réveil des enfants, le plus extravagant aussi lorsque la sorcière déboule comme un diable de music-hall sorti de sa boîte de Pandore, et incarné par un volubile ténor, Xavier Rouillon, (au lieu de la mezzo conçue dans la partition initiale), mais en l’occurrence un carrousel regorgeant de folies pâtissières. Tournez manèges… s’il vous plait !

Georges MASSON