The Indian Queen 19 janv 2014

Henry Purcell sens dessus-dessous !

 

Le public semblait très sceptique au sortir des représentations de The Indian Queen de Purcell donné à l’Opéra-Théâtre de Metz. Il n’y a rien d’étonnant, cette « tragédie héroïque » (ainsi qu’on a désigné ce semi-opéra du librettiste Dryden), ayant été repatinée tant et plus et surtout depuis que la modernisation s’est imposée dans l’esprit des metteurs en scène lyriques, celui du présent spectacle Joachim Schloemer ayant été chahuté à la fin. Or, les avatars fantastiques ont fusé dès sa création à Londres en 1695, le synopsis s’étant polarisé sur les belliqueux échanges entre les Incas du Pérou et les Aztèques mexicains, avec, à la clé, un conflit amoureux où le jeune prince du Mexique, Acacis, prisonnier du général péruvien Montezuma voulut conquérir sa fille, la belle Orazia, née de la teigneuse reine Zampoella. C’est là que le mélo fictif s’envenime, qui s’achève sur un massacre. L’œuvre eut tant de succès qu’un flibustier de la musique la bidouilla et la dédicaça à Purcell mourant ! On en fera varier les rituels entre divination des sorciers, croyances mayas, résurrection, dialogues avec les Dieux...

Dans le cas présent, on en rajoute une couche. Un fait divers ni plus ni moins : on voit, projetée sur plein écran à la dimension du rideau du théâtre, une femme nommée Marie Rivière, soupçonnée du drame de ses vacances péruviennes où un ami et un guide, sont tombés la nuit au fond d’une grotte. C’est ce qu’elle raconte comme un roman de gare. On invente donc une intrigue parallèle à celle, mythique, et sur lesquelles plane la question : quid de la culpabilité dans chacun des deux camps ? Histoire de complexifier le canevas et d’actualiser l’argumentaire. Ce qui nous vaut la plus fantasque des fictions. Le plus estomaquant des plans de scène est celui du palais renversé où la longue table est fixée au plafond, de même que l’armoire, les fauteuils et le canapé, les personnages se déplaçant à l’envers, fixés par un support circulant sur des rails ! Une symbolique ciel et terre qu’il n’est pas évident de décrypter. Heureusement, les autres dialogues chantés se déroulent au sol, les interprètes jouant dans leurs fringues ordinaires et une gestuelle new-look. Les deux actions absconses se superposant, on peut imaginer que le spectateur ne s’y retrouvait guère.

IL N’Y A DE BAROQUE QUE LA MUSIQUE

En fait, il n’y a que la musique qui respecte le style baroque. Hervé Niquet et son Concert Spirituel jouant à la fosse avec les chœurs, conduisent cette œuvre ultime et attachante, avec naturel et une certaine retenue, sans éclats, à l’opposé du King Arthur désopilant, donc déjanté, qu’ils avaient joué l’an dernier et qui avait fait tiquer, là aussi, les spécialistes habitués des versions sérieuses. Bien des coupures (nécessaires) ont été faites dans la partition, la version supprimant les textes verbeux, ramenant ainsi l’œuvre à 90 minutes, (mais qui en parut davantage), alors que la récente production de Peter Sellars dont les noms des personnages n’étaient pas ceux d’origine, et qui a aussi relooké le livret et rajouté des séquences poétiques, fut calée sur trois heures et avait connu un assez bon succès.

On retiendra de la distribution messine, le mezzo fruité de Mireille Lebel (Zempoalla) le haute-contre agile et précis d’Anders J. Dahlin (Acacis), le soprano vif et limpide de Ruby Hughes (Orazia), le ténor de Samuel Boden (Le Soleil), moins le baryton-basse de Marc Labonnette (le Chamane). Les séquences régicides finales furent les plus réussies. Ainsi, en vérité, on fait de Purcell ce que l’on veut. Ce qui peut être contestable à l’heure où les baroqueux sont plutôt exigeants qui subissent les scénographies imposées. Finalement, la version concert est encore celle qui fait en général l’unanimité.

Georges MASSON