Tout Offenbach...ou presque

OFFENBACH A TOUTES LES SAUCES…

 

Ayant pirouetté depuis un an et demi sur tout l’Hexagone, les polyvalents de la production pilotée par Pascal Legros en étaient à la 150ème représentation de la version farfelue étalée sur la la scène de l’Opéra-Théâtre de Metz, de leur pasticcio Tout Offenbach…ou presque . Quès aco ? Une lecture franchement populaire d’un melting-pot brassant une cinquantaine d’airs connus ou d’autres qui le sont moins,-mais raccourcis-, piqués dans vingt œuvres évidemment drôles, voire bouffonnes, du compositeur, au résultat fort réjouissant pour beaucoup mais décevant pour certains. Le metteur en scène Alain Sachs a concocté une intrigue qui n’en est pas une, bien qu’elle soit d’une réjouissante cocasserie et bourrée de dialogues rigolos, d’acrobaties et autres fantasmes froufroutants ! Ce sont les pluridisciplinaires qui font tout le boulot. Ils sont 13 (!) sur le plateau, dont le directeur de théâtre et ses employés qui sont contraints de monter une pièce et de booster sa machine à rire. L’ouverture, par les chanteurs arrivant du fond de la salle, sur la barcarolle « Belle nuit, ô nuit d’amour » des  Contes d’Hoffmann , est une révérence a capella autour du lit où est allongé Offenbach (on voit en réalité sa tête, ses belles bacchantes grises et ses binocles) et qui est en réalité une marionnette gentiment câlinée en fin de parcours, c'est-à-dire au bout de deux heures de spectacle au moment du french cancan.

Là où ça cloche, c’est au niveau de la musique. Il n’y a pas d’orchestre donc pas de chef. La partition se résume, autour du piano, à la doublure des airs par le violon, aux fioritures par une flûte, leur accompagnement par le violoncelle, et, accessoirement, au fil du synopsis, par la trompette, et, sans vergogne, les cymbales et la grosse caisse. Point barre. L’adaptation a minima est donc assez drôle mais frustrante. Les instrumentistes (de chambre !) sont aussi les comédiens qui se débrouillent parfaitement dans les dialogues parlés. Et ils ne cessent de jouer les acrobates de ci, de là. Ils sont les troufions nécessairement ridiculisés de la guerre et exhibant leurs trophées. Cocasse, La Fille du Tambour Major  kidnappée par  Les Brigands. Burlesque aussi, le couple d’Alsaciens typiques de Lischen et Fritzchen  ou encore les frous-frous  de La Grande Duchesse de Gerolstein . Làs ! Pour ce qui est du chant, on n’est plus du tout dans l’art lyrique mais dans la chanson populaire. On avalera difficilement les acides sopranos, l’aphone baryton, ceux qui grimpent épineusement leurs cordes vocales, leurs  petits cris dans l’aigu. Mais ils sont tous fort sympathiques.

SE DILATER LA RATE ?

 On passera sur les décors pivotants, traditionnels mais plutôt rassis (ce doit être intentionnel). Quant aux costumes, on côtoie les extrêmes entre fringues et liquettes du citoyen lambda et vêtures médiévales, biscornues ou inclassables. Lancé à train d’enfer vers une loufoque escapade, toute la scène enfumée ne cachera point, dans cette ambiance cabaretière finale, les glissades sensuelles, les penchants luxurieux, la libération des envies, et, in fine, sur un rythme de pop-rock, les clichés homo et le mariage pour tous. C’est tendance. Et les zygomatiques fonctionnent. Mais une question se pose. Bien qu’Offenbach aimât les atmosphères populaires, ce n’est pas en  le tirant vers une modernité rabaissant la qualité sonore de son chant et, en général, de sa musique, qu’on le vulgarisera auprès des couches sociales, ni qu’on en fera connaître la géniale écriture comme elle se doit de l’être. Si, maintenant, on se met à généraliser le bidouillage des œuvres, par économie ou parce que c’est dans l’air du temps, la culture lyrique glissera vite vers des abysses irréparables. Il y a urgence.              

Georges MASSON