Vanessa

Vanessa dans sa vibrante projection vocale.

 

La Vanessa de Samuel Barber d’octobre 2000 valait à l’Opéra-Théâtre de Metz d’assumer la création française de cet opéra américain, à l’époque où Danielle Ory, qui dirigeait la maison, avait mis l’ouvrage en scène et s’était courageusement lancée dans les poids lourds du répertoire, de Pelléas à Don Carlo et à Lulu. Ce que l’on peut appeler un drame lyrique reparaît aujourd’hui sur scène. Sa conception n’est pas sans parentèle avec les précédentes représentations messines où la distribution vocale, surtout féminine, était déjà triée sur le volet, bien que l’organe du ténor Gilles Ragon sortait difficilement de l’univers baroque qu’il explora jadis. Quant à l’étude un peu plus figée de la posture des personnages de l’époque, elle découlait malgré tout de celle, incontournable, du théâtre parlé. La mise en scène est ici très soigneusement et minutieusement étudiée par Bérénice Collet qui reprend la production qu’elle avait montée il y a deux ans à Herblay, déjà en partenariat avec Metz. On y retrouve l’atmosphère tchékhovienne d’Oncle Vania ou des Trois Sœurs, la gestuelle de chaque personnage étant précise, naturelle et sans excès, mariée avec le chant qui est, lui, d’une projection incoercible et qu’on n’avait encore jamais connue.

L’œuvre de Barber datée de 1958, hors de tout avant-gardisme d’époque dominée par le langage dodécaphonique, est, musicalement fort accessible à l’auditeur car coulant de façon très souple et selon une tendance musicale volontiers cinématographique, bien qu’on y trouve des schémas orchestraux et vocaux qui se répètent souvent. Cependant, l’orchestration très fouillée et mieux restituée cette fois par un O.N.L. qui franchit, sans coup férir, les écueils vertigineux, est mieux mise en exergue, si bien que l’oreille perçoit nettement les houles sonores dominées par les cuivres et la percussion que croisent les cordes, plus saillantes qu’en 2000, et ce, sous la direction de David Heusel, sans pour autant que la baguette de Jacques Lacombe n’ait été joliment réactive dans la version 2000.

L’EXTRAORDINAIRE TROÏKA

C’est toutefois la distribution vocale qui, aujourd’hui, capte en tout premier l’attention. La troïka féminine domine, incarnant trois personnages, dont Vanessa  troublée par une attente improbable d’un bonheur qui ne vient pas, Erika dont l’espérance anéantie la conduira vers un funeste destin, et la troisième, la vieille baronne au silence interrogateur étant l’observatrice du psychodrame, chacune d’elles contenant habilement son état d’être. Le rôle-titre est tenu par la Canadienne Soula Parassidis, une voix tranchée, superbement colorée, basée sur une musicalité incontestable, et qui monte admirablement son soprano vers les aigus qui se répètent continument et qu’elle assume d’un bout à l’autre. Une performance, différente toutefois de celle de la Hollandaise, Lisa Houben (en 2000), dont on avait retenu la pureté et la rigueur du son plus que sa projection. La mezzo d’une autre Canadienne, Mireille Lebel traduit une Erika à la sensibilité plus arrondie tout en assumant les jaillissements qu’elle contient davantage. Et Hélène Delavault (la baronne) au beau timbre de mezzo, modère ses interventions plus épisodiques, le rôle d’Anatol étant pulsé par le ténor américain Jonathan Boyd, magnifique lui aussi. Tous ces éclats de voix ne sont pas sans évoquer la scintillation qu’appellent les grands airs pucciniens de même que les propulsions richard-straussiennes. Ajoutons le rôle du Docteur incarné par le baryton idéal et contenu de Matthieu Lécroart.

On signalera la scrupuleuse réalisation des costumes relevant de la haute couture, la scène du bal aux personnages animalesques, et les décors sobres de panneaux et de miroirs reflétant cette atmosphère de huis-clos qui enferme le synopsis inspiré des contes gothiques de la danoise Karen Blixen. Bravo en tout cas aux acteurs de cette production.

Georges MASSON