Allocution de Christiane Stutzmann

Petit discours prononcé le 3 mars 2012 lors de l’Assemblée Générale

du Cercle lyrique de Metz


Monsieur le Président, chers amis,

 

C’est avec un grand plaisir que j’ai accepté la vice-présidence de la nouvelle association des « Amis d’Ambroise Thomas et de l’Opéra français », qui a vu le jour en 2011, grâce à l’initiative  et au dynamisme du formidable « Cercle d’Art Lyrique du Grand Théâtre de Metz », présidé par Georges Masson.

Vous savez tous combien je suis attachée au rayonnement de l’art lyrique que j’ai servi en tant que cantatrice, puis transmis en tant que professeur, et enfin pour lequel j’essaie d’apporter le fruit de mon expérience, en le faisant mieux connaître à travers l’organisation de concerts et conférences.

Ma priorité va dans le sens de l’intitulé de notre jeune association, tournée vers la réhabilitation de notre patrimoine lyrique français, dont la musique d’Ambroise Thomas fait, évidemment partie, puisque nous faisons la triste constatation de la quasi disparition de notre répertoire dans la programmation des théâtres lyriques français, depuis une vingtaine d’années – à quelques  exceptions près, dont le théâtre de Metz fait partie - et tout comme M. Paul-Emile Fourny qui a toujours eu à cœur de le servir.

Car, nous sommes, avec l’Italie et l’Allemagne, l’un des pays producteurs d’art lyrique les plus féconds. Allez donc en Italie et en Allemagne, et je vous laisse imaginer la réaction de nos voisins qui ont une véritable vénération pour leurs artistes et compositeurs, si pareille aventure se produisait chez eux !

Et mes propos sont loin d’être nationalistes, puisque vous savez combien j’apprécie le répertoire italien dont j’ai été une spécialiste dans ma carrière lyrique, sans parler de ma fille Nathalie Stutzmann, que j’ai orientée vers le répertoire allemand au début de sa carrière de récitaliste.

Nous sommes dans des temps difficiles, la France est en faillite et nous devons être vigilants. Il y a cinq ans, le bruit a couru qu’une menace de désengagement de l’Etat ne vienne rogner, ou pire encore, supprimer les subventions accordées à nos Théâtres Lyriques !

Mais, heureusement, des voix se sont élevées qui ont démontré que le fait de licencier énormément de contractuels, musiciens d’orchestre, choristes, costumiers, décorateurs, techniciens, ouvreurs, personnel administratif, qui se retrouveraient directement aux Assedic, comme intermittents, grèverait encore un peu plus le déficit des annexes de l’Unedic. Autrement dit : indemniser 150 personnes revient plus cher que la subvention que l’on supprime. Sans parler des autres conséquences économiques dans les villes ainsi sacrifiées !

Mais j’aimerais aujourd’hui attirer votre attention sur un autre danger qui nous guette, c’est le succès grandissant des abonnements d’opéra au cinéma - ce dont nous ne pouvons que nous réjouir d’une certaine façon, car l’art lyrique n’est pas un art élitiste, mais un art populaire au sens noble du terme - et si, d’une certaine façon, ils contribuent à mieux faire connaître l’opéra, le risque est grand cependant de voir nos salles subventionnées perdre leurs abonnés qui seront séduits par le prestige des grandes scènes qui retransmettent, en direct, des spectacles aux distributions internationales, à des prix très concurrentiels.

Cependant, je suis, quant à moi, très attachée au spectacle vivant qui est inégalable, mais nous vivons à l’époque de l’audio-visuel et de la facilité ! Les conséquences, à brève échéance, risquent de toucher également les jeunes chanteurs dont je me préoccupe beaucoup, car, non seulement ils ne reçoivent plus la formation professionnelle nécessaire, mais ils auront donc encore moins d’emploi au bout du compte.

C’est à nous qu’il appartient de réagir ; essayons de proposer des entrevues et des discussions en haut lieu pour informer et mettre en garde nos hommes politiques sur toutes ces questions afin de trouver des solutions pour tenter de sauver, non seulement notre patrimoine, mais aussi et surtout l’Art Lyrique.

Nous pourrions envisager, dans un premier temps, des concerts pour la Fête de la musique le 21 juin et le 22 novembre pour la Sainte-Cécile, afin de mettre rapidement en mouvement notre Association, en donnant un programme avec de jeunes chanteurs dans des lieux prestigieux et attractifs.

Voici maintenant quelques éléments d’information sur l’évolution des propositions des cinémas Kinépolis, UGC etc.

Eléments de reflexion sur l'opéra au cinéma


Christiane Dupuy-Stutzmann