concert bach stutzmann

Ab imo pectore....

Pour cette nouvelle halte sur le parcours des concerts de sa résidence trisanuelle à l’Arsenal de Metz, Nathalie Stutzmann et son orchestre baroque Orfeo 55, ont choisi d’emprunter le sillon de la spiritualité et de la profondeur orante, agrémenté d’une introduction instrumentale et d’un concerto connu. J.S. Bach sur toute la ligne. Déjà, à l’ouverture, la Sinfonia extraite de la BWV 169 était une invite aux tempos dansants et rebondis où la partie concertante de l’orgue positif s’équilibrait harmonieusement avec les mêmes pulsations d’ensemble. Au double concerto en ré mineur, les deux violonistes, jouant à quasi-égalité de timbre et de couleur, évacuèrent la posture de solistes pour adopter celle de chambristes, bien intégrés à la formation de pupitres, tout en déployant une vitalité contenue tranchant volontiers les temps forts mais sans velléité d’effets notoires.

Prolégomènes qui aboutirent à l’essence même du concert, les cantates sacrées. Tout à fait significative et remarquable, fut l’équanimité que l’on put observer à propos du style de musicalité et d’interprétation, entre l’appareil instrumental (à 19) faisant corps avec l’appareil vocal de la contralto, jusque dans ses plus infimes nuances. S’agissant de la chanteuse, l’autre particularité rare portait sur son contrôle du souffle, assez exceptionnel dans les très longs legatos d’un pur organe filigranné, comme confondu, au cœur d’une humilité d’imploration, avec les pianissimos retenus des treize cordes. A chaque fois, Nathalie Stutzmann conduit les mesures de départ, face à ses musiciens, avant de se retourner tout naturellement, sans hâte et sans lenteur, vers le public devant lequel elle aborde sa partie chantée. Les pupitres suivent épousant les mêmes pulsations que la soliste. Envoûtant ? Après l’aria de la cantate 24, l’ émotion grandit dès l’extrait de la 33 où courbes d’orchestre et courbes de voix se rejoignent en une simplicité dépouillée, s’inscrivant sur une ligne de piétisme intériorisé, l’extrait de la Passion selon Saint-Matthieu étant proprement bouleversant. Il nous resta en tête, bien après la « Geist und Seele », d’une architectonique musicale très élaborée et redoutable pour la contralto qui unit âme et esprit en une même entité.

Oui : Ab imo pectore.

Georges MASSON