La carrière de J Björling

LES TROIS MOMENTS D’UNE CARRIÈRE D'EXCEPTION

 

Les premières années.

Johan, dit Jussi, Björling naît dans une famille de musiciens et apprend le chant avec son père David, ténor et excellent pédagogue, dès l'enfance. Il chante pour la première fois en public à l’âge de quatre ou six ans (selon les sources), et voyage pendant une douzaine d’années dans toute la Suède et aux Etats-Unis, avec le « Quatuor Björling », qu’il forme avec son père et deux de ses frères, Olle et Gösta, également chanteurs. Il existerait des témoignages sonores de cette période. Le jeune homme complète sa formation, à partir de 1928, à l'École Royale de l'Opéra de Stockholm avec John Forstell, célèbre baryton suédois et directeur de ce théâtre. C’est là que le ténor débute en 1930, d'abord dans de petits rôles, comme celui de l’allumeur de réverbère dans Manon Lescaut de Puccini, en juillet 1930, et dès le mois d’août suivant, on lui confie le rôle de Don Ottavio dans Don Giovanni. La même année, il enregistre pour la première fois des airs d’opéra. Rapidement, il se produit dans l’Almaviva du Barbier de Séville et l’Arnold du Guillaume Tell de Rossini, le Jonathan du Saul og David de Nielsen, le tout chanté en suédois (1931), Rigoletto et l’Elisir d'amore, 1932, Traviata, Roméo et Juliette et Tosca, 1933, Un Ballo in maschera, Faust, Bohème et La Fanciulla del West, 1934, Cavalleria rusticana, Aida et Il Trovatore, 1935, Pagliacci et Madama Butterfly, 1936. Tous ces rôles resteront dans son répertoire tout au long de sa carrière. Il fait partie de cette troupe jusqu’en 1938 mais il ne coupera jamais ses liens avec elle. Son succès s’accroissant, il réalise de nombreux enregistrements en Suédois, essentiellement des airs populaires et des extraits d’opérettes, ainsi que des musiques de danses sous the le pseudonyme d’Erik Odde. En 1935, il épouse une compatriote, la soprano lyrique, Anna-Lisa Berg. On peut les entendre ensemble dans un duo de Romeo et Juliette, en français. Leur fils, Rolf, fera plus tard une carrière de ténor.

 

 L'Opéra Royal deStockholm

 

La reconnaissance internationale.

 

Jussi Björling avait entamé une carrière personnelle internationale dès 1931 en donnant un récital au Tivoli de Copenhague. Elle se poursuit, avec grand succès, en 1936, en Europe centrale où il obtient un grand succès, à l’Opéra et en récital, en Tchécoslovaquie et à Vienne. Il décroche à cette occasion son premier contrat international pour enregistrer des airs d’opéra et des mélodies en langue originale. Le tout premier concerne "Celeste Aida". Tout en continuant à chanter à l’Opéra de Stockholm, il fait une longue tournée, au printemps de 1937, en Allemagne, en Autriche, en Hongrie, en Tchécoslovaquie. A l’automne, il donne un premier récital à Londres, et part pour les Etats-Unis pour une série de concerts à la radio et fait ses débuts à Chicago, dans le rôle du Duc de Rigoletto et, pour un récital, au Carnegie Hall de New York. En 1938, il incarne pour la première fois au Metropolitan Opera de New York, Rodolphe de La Bohème, son rôle le plus emblématique. Il revient régulièrement chaque année sur cette scène, sauf pendant la guerre, de 1941 à 1945, où il retourne à Stockholm, la Suède étant neutre. Jusqu'en 1960, il y chante principalement Verdi (le Duc de Mantoue, Manrico, Riccardo, Don Carlo, Radamès) et Puccini (des Grieux, Cavaradossi, Rodolphe, Pinkerton), sans oublier les incontournables opéras véristes, I Pagliacci, Cavalleria rusticana. Mais il sert aussi le répertoire français, notamment Faust et Roméo et Juliette, qu’il chante dans un merveilleux français, sans la moindre trace d’accent. En novembre 1940, à New York, il avait interprété, sous la direction d’Arturo Toscanini, le Requiem de Verdi, dont on possède l’enregistrement, juste un an et demi après une première prestation, à Lucerne, avec le Maestro italien. En décembre 1940, à New York, ce dernier l’invite pour la partie du ténor de la Missa Solemnis de Beethoven. On ne peut trouver meilleure preuve de reconnaissance de la qualité musicale de ce ténor, quel que fut le style abordé. Entre temps, il avait débuté au Royal Opera House de Londres, en 1939, dans le rôle de Manrico du Trouvère. Sa popularité en Suède ne cesse de croître. Il revient régulièrement à l’Opéra de ses débuts, comme invité, et donne régulièrement des récitals en plein air dans les parcs de Stockholm. Sa seule escapade, pendant la guerre, est pour faire ses débuts à Florence dans Le Trouvère. Il n’ira à La Scala de Milan qu’en 1946, dans Rigoletto et, en 1952, pour Un Ballo in maschera.

 

La mélodie interrompue. 

En 1950, Jussi Björling commence une série d’enregistrements d’opéras à New York, dont le fameux duo des Pêcheurs de perles avec Robert Merrill (1951). Nombre d’entre eux sont considérés comme les meilleures interprétations pour les rôles de ténor. Au printemps 1952, Jussi Björling réalise la première des douze intégrales d’opéras et d’oratorios qu’il gravera, Il Trovatore. En 1954, il fait une tournée en Afrique du Sud. Jusqu’à la fin de sa vie, il a un calendrier chargé, des deux côtés de l’Atlantique. Cela contribue-t-il à déclencher ses problèmes cardiaques qui l’emporteront et dont il commence à souffrir à partir de 1957 ? Les ultimes enregistrements réalisés dans les derniers mois de sa vie prouvent que sa voix n’en portait pratiquement pas la trace. Son dernier témoignage, est capté en juin 1960 : son timbre, dans le Requiem de Verdi, capté avec la Philharmonie de Vienne, sous la direction de Fritz Reiner, semble plus poignant que jamais. Pourra-t-on pardonner au grand Maestro, Sir Georg Solti, d’avoir compromis, par sa rigidité, ce qui aurait dû être le testament de l'artiste, ces séances d’enregistrement que Decca avait organisées à Rome, en juillet 1960 ? Jussi devait y graver son incarnation de Ricardo du Bal Masqué, face à Birgit Nilsson et à Giuletta Simionato. Le projet ne sera achevé qu’un an plus tard…avec Carlo Bergonzi !

En mars 1960, il chante pour la dernière fois à l'Opéra royal de Stockholm (Il Trovatore) et, pour la première fois depuis 1939, au Convent Garden de Londres (La Bohème). Il est émouvant, pour un Français, de savoir que son ultime prestation, dans un opéra, a lieu à San Francisco, le 1er avril suivant, dans le rôle de Faust. Sa dernière apparition, dans un récital, a lieu à Stockholm, le 20 août de la même année. Il s’éteint dans son sommeil le 9 septembre 1960, laissant inconsolés ses admirateurs, comme ses partenaires et ses amis.

 

 

La sépulture de Jussi Björling, Stora Tuna-Suède.

 

 

 

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