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L’ORCHESTRE DOIT CONSERVER SON CHEF ET SON LABEL NATIONAL...UN PRÉCIEUX LABEL !

 

Jacques Mercier est celui qui a apporté le plus à la formation

 

Bien que d’inquiétants présages se profilent à son horizon, l’Orchestre National de Lorraine a révélé, au concert d’ouverture de sa saison symphonique (17 septembre 2010), sa face vibrante et festive, vivifiant un programme fait de danses hongroises, d’airs bohémiens, de rhapsodies roumaines en conjonction avec le festival nomade de Metz. La grande salle de l’Arsenal était pleine, l’auditoire attentif, et l’ovation finale démontra, s’il en était encore besoin, que la phalange était à son niveau national, comme on ne saurait nier à son chef, la stature internationale. Or, on semble ne pas avoir conscience que Jacques Mercier, notre Messin, est, parmi les directeurs d’orchestre qui se sont succédé, celui qui a apporté le plus à la formation depuis sa fondation, en 1976, et qu’il faudrait éviter le sort qu’on lui réserve…

Brahms, Liszt, Sarasate, Ravel, Bartok et Enesco, ces quelques grands noms de la musique, figuraient à son affiche qui n’était pas sans rappeler les menus de fin d’année, plus décalés au centre, entre valses, polkas, galops et autres mazurkas.Si les vibrantes et pulsionnelles « hongroises » de Brahms ravivaient des souvenirs, l’orchestration de Marc-Olivier Dupin pour violon solo et pupitres de cordes de cinq autres danses que le compositeur allemand avait conçues pour quatre mains, rappelaient tantôt le caractère chambriste de ses quatuors et quintettes, tantôt l’esprit de son unique et immortel concerto en ré majeur. Mais on eut préféré que l’orchestrateur ajoutât quelques bois et cuivres pour apporter à ces pièces plus de couleur et de relief. Après la célébrissime «hongroise » N° 2 de Liszt, un peu laborieuse au début avant de déployer au final ses enivrants crescendos, le soliste invité, Nicolas Dautricourt, subjugua son auditoire auquel il réserva un « Zigeunerweisen » tout en finesse et en virtuosité contenue. Certes, son Gagliano de 1740 est plus dans la demi-teinte que dans la puissance, mais il nous livra ensuite un « Tzigane » de Ravel racé, contenu, à la texture resserrée, pas très tziganisante en vérité et cependant, d’une subtilité dentelière dans ses filés de cordes et ses accelerandos. Et par-dessus le marché, le violoniste nous fit un bis époustouflant d’une sonate d’Eugène Ysaÿe ! Les deux Bartok furent restitués par le chef dans toute leur rythmique implacable et leurs nuances chaleureuses, leur ajoutant une touche nostalgique voire tourmentée. Enfin, la « roumaine » d’Enesco, fleurant bon les guirlandes champêtres, les senteurs de terroir, la fête exubérante et débordante de vie, était à la hauteur du label que l’orchestre ne doit perdre à aucun prix.

Georges MASSON