Ph Kahn

La basse Philippe Kahn fait revivre quelques compositeurs juifs oubliés.

 

On connaît à Metz, Philippe Kahn. Il était intéressant de tirer un parallèle entre le chanteur d’opéra et l’interprète des chants liturgiques du concert inaugural des Journées européennes de la culture juive. On se souvient, au théâtre de Metz, du soldat huguenot qu’il campait, en 2004, dans l’ouvrage de Meyerbeer où il n’affichait pas l’intégrisme du rôle mais apportait une manière d’humanisme au sein de l’exacerbation générale des autres personnages. Comme il avait impressionné par sa basse profonde révélée à nouveau dans le spectre d’Hamlet en 2009 ou dans le capitaine prussien d’Alfred Bruneau cette année, il imposa à nouveau cet organe guttural frappé d’une certaine raucité, avec flamme et jusqu’à la véhémence, dans ce programme « De Roch Hachana à Kippour », qui permit de découvrir des compositeurs israélites du XIXe siècle essentiellement, et complètement occultés. On eut aimé que le chanteur élargisse le propos aux compositeurs juifs américains, par exemple, mais il s’est essentiellement polarisé sur ceux d’origine austro-allemande, transcrivant lui-même ces pièces liturgiques pour chant et piano –avec pour complice Stéphane Seban commentant le programme- et qui prenaient le caractère d’un récital lyrique. Procédant à une vocalisation du texte biblique en s’appuyant sur le chant askhenaze, légèrement coloré de slavisme au schéma mélodique modal, il fit redécouvrir un Samuel Naumbourg, puis un Salomon Sulzer qui écrivirent une musique synagogale préservant le chant traditionnel tout en étant imprégnés du style classique mitteleuropéen. Et il est apparu que l’ « Eïn Komoch’o » du second tout comme son « Vaei Binsoa » (tirés de la Torah), à l’esprit viennois, semblaient assez proches de la musique d’église chrétienne de type schubertien. Quant au « Yaaleh » du juif allemand Louis Lazarus Lewandowski, à l’écriture ornementée, on pouvait y déceler l’influence d’une facture semblable aux hymnes religieux dans le sillage thématique mozartien. Toutefois, le « Kol Nidre » de ce musicien assez proche de Mendelssohn, laissait pointer, dans son adaptation des thèmes hébraïques, son inspiration romantique allemande. Des similitudes apparurent cependant de l’un à l’autre et, s’ils ne marquèrent pas leur époque, ils présentaient un certain intérêt sur le plan de la construction mélodique. Le caractère de sonate se pointa dans sa « Suite hébraïque » imprégnée de pré-romantisme avec variations chromatiques à la Bach et jouées par Stéphane Seban, qui, en seconde partie, se paya le « Kaddisch » de Ravel dont les violonistes se sont souvent emparés.

Georges MASSON