une cantatrice au four et au moulin

Performance: une cantatrice au four et au moulin !

 

C’est bien la première fois qu’une cantatrice chante tout en dirigeant l’ensemble baroque qu’elle vient de fonder, Orfeo 55. On est allé à la découverte, ce 14-juin 2009, à l’Arsenal de Metz, de Nathalie Stutzmann dans ce double rôle.

Les femmes chef d’orchestre semblent vouloir prendre une forme de revanche sur les hommes qui exerçaient, jusqu’ici, une sorte de leadership sur la musique ancienne. Après Emmanuelle Haïm, après Laurence Equilbey et d’autres encore, Nathalie Stutzmann se lance dans cette aventure passionnante. Mais, au rebours de ses homologues qui dirigent mais ne chantent pas en même temps, notre Nancéïenne nationale le fait. Pour les violonistes comme Fabio Biondi à la tête de son Europa Galante, pas de problème. Il regarde les archets qu’il conduit tout en étant leur soliste. Pour la contralto la plus célèbre du moment, c’est plus difficile, parce qu’elle ne saurait chanter sans être face au public.

Encore un peu gauche dans cette gymnastique, elle a tout de même bien tiré son épingle du jeu l’autre soir. D’abord, il est apparu nettement qu’Orfeo 55 allait à contre-courant de la vogue actuelle qui joue la carte de la virtuosité à tout crin, cultivant le brio explosif et spectaculaire à l’image d’un Christophe Spinosi et son Ensemble Matteus, comme il en a donné la preuve aux récentes Victoires de la Musique à Metz.

Sa conception d’Orfeo 55 est celle d’un retour au baroque assez carré, rigoureux, rythmé comme on en rencontrait aux premières floraisons d’il y a trente ans, les archets mordant plus à la corde et le grain du boyau étant plus timbré dans les attaques, sans que la vélocité des musiciens en soit moindre. La gestique de Nathalie conduisant ses dix archets en demi-cercle, ressemble à celle de ses instrumentistes dont elle épouse les mouvements corporels. Elle tend ainsi vers ce « respirer ensemble » et à cette recherche unanime de l’expressivité au travers de cet élan physique commun, visible dans les deux concertos de Vivaldi.

Dans les cantates du « retro rosso » c’est cette couleur du médium grave si particulière de la cantatrice, due à la formation physiologique d’un larynx très large, qui, uni à l’intelligence sensible du texte qu’elle interprète, exerce toujours la même fascination.

Or, là aussi, elle prend un peu le contre-pied des hautes-contre et des brillantissimes falsettistes qui sont la coqueluche du moment, à l’image d’un Philippe Jarousky que, par ailleurs, on déguste. Retour aux opéras baroques pour lesquels elle avait beaucoup d’affinités au début de sa carrière avant qu’elle ne pénètre les abysses mahlériens et les intimes Lieder schubertiens ? On y retrouve son chant sobre, sombre et feutré, sans préciosité ni théâtralité vaine. On pourra y goûter mieux encore en novembre où elle revient à l’Arsenal pour les Stabat Mater et Salve Regina de Pergolèse. A ne pas rater.

Georges MASSON.