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 EN OUVERTURE DE SAISON DE L’OPÉRA-THÉÂTRE DE METZ :

QUATRE BALLETS INTELLIGEMMENT REVISITÉS

 

Il ne faudrait pas passer à côté des deux dernières représentations de Parade(s) dansées par le corps de ballet de l’Opéra-Théâtre de Metz. D’abord, parce que le spectacle confirme la tenue solide de ses danseurs et la qualité artistique de leurs évolutions, toujours à leur excellent niveau. Ensuite, parce que le passage en revue des quatre ballets français rarement donnés dans cette perspective thématique homogène, dont deux de la période d’avant guerre en première partie, et les deux autres reflétant les années d’après guerre assez peu différentes, est intelligemment revisité par le chorégraphe maison qu’est Patrick Salliot auquel s’est associé l’Anglais célèbre Barry Collins, avec la complicité de l’O.N.L. dirigé par Dominique Trottein.. Le spectacle est vivant, bien respiré, très coloré, et ses solos, comme ses ensembles, sont réglés aux petits oignons. Ainsi dans ce Parade d’Eric Satie, avec comme décor de fond, la reproduction du rideau éponyme, Salliot prend le meilleur de Diaghilev et anime son magicien, son manager, ses acrobates, sur un appui de pas, nécessairement classiques, qu’il agrémente d’arabesques et autres jetés battus, auxquels il ajoute des pivotages de fantaisie et des traits d’humour.

Pierné s’était lâché dans ses Impressions de music-hall (c’était audacieux à l’époque) avec ses trompettes wa-wa et son petit côté jazzy, et notre Barry Collins, tout en décalquant Nijinska, recrée ses personnages excentriques, ses clowns, son espagnole, et surtout ses chorus girls en petites tenues et leurs incontournables indéfrisables. Respect de l’oeuvre, respect de l’époque.

Quant aux Forains d’Henri Sauguet, ils ne s’éloignent pas tellement de la conceptualisation de Roland Petit à la création de 1945, et Salliot a suivi le scénario basé sur une écriture chorégraphique de laquelle se dégagent plus les sentiments des personnages par opposition aux évolutions spectaculaires et à la beauté du style déployé pour lui-même que l’on a pu découvrir par ailleurs. Et il est vrai que l’on est plus dans une symbolique sensitive entre spleen, désenchantement ou amour sensible du métier. Enfin, Collins était tout désigné pour ce petit flash-back nostalgique passant en revue étoiles et stars du grand écran américain au travers de la partition Cinéma de Louis Aubert (dont la Valse est dans l’esprit de Ravel mais moins richement orchestrée). La chorégraphie de Lifar de 1953 a pris un petit coup de plumeau et les Fred Astaire, Fairbancks, Valentino, Chaplin, Mickey et quelques nymphes hollywoodiennes, avaient parfois des airs de ressemblance. Misant sur la qualité et la griffe couturière des costumes (dessinés par deux danseurs Antoine et Lourenço) sur les couleurs kaléidoscopiques, et le contraste des décors d’Eric Chevalier, le spectacle, en tout cas, tient bien la route.

 

Georges MASSON