Beethoven et Brahms

FESTIVAL FRANCO-ALLEMAND

16 novembre 2012

 

Beethoven et Brahms : deux symphonies consanguines

Le haut niveau de la conscience musicale germanique porte ses interprètes à en hisser le répertoire avec une profonde conviction, selon une approche réfléchie, rigoureuse, et parfois pesante. On avait déjà souligné la métamorphose opérée sur les musiciens de la Deutsche Radio Philharmonie de Sarrebrück-Kaiserslautern par Karel Mark Chichon, au concert de l’Arsenal de mai dernier. Ce chef ayant succédé à Christoph Poppen, plus conventionnel, marquait fortement son territoire. Il enfonça nettement le clou à la récente soirée du Festival franco-allemand, donnant un caractère tranché et une densité sonore aux archets jouant très à la corde, et leur nitescence à la limite du clinquant aux pupitres des cuivres. La projection de la Cinquième symphonie de Beethoven dont les quatre mouvements répondent aux quatre exhortations : combat, espérance, désespoir, victoire, était nettement anticipatoire de la Première de Brahms, pathétique et sombre. Certes, le chef appliqua au Destin, le postulat beethovénien exaltant la grandeur du volontarisme afin de célébrer la force libératrice de l’être humain. Il jouait sur le fil de la continuité pour démontrer la consanguinité des deux ouvrages. Mais on lui reprochera d’avoir « sur interprété » l’œuvre et de l’avoir conduite vers la « sur expressivité ». Ce qui n’était absolument pas dans le style de l’époque où les orchestres fin XVIIIe siècle que dirigeait Ludwig van, avaient un bien moindre potentiel. Or, le niveau de décibels était excessif en regard de celui dégagé à la symphonie brahmsienne qui ne l’était guère plus. Or, 70 ans séparent les deux œuvres ! Si l’Allegro con brio ne fut pas d’une homogénéité parfaite, les mouvements suivants étaient solidement équilibrés dans leur forme et leur construction.

UNE CONCEPTION TITANESQUE

Par contre, on ne put que saluer la colossale architecture du monument brahmsien. Son message verse vite dans la vision dramatique, voire tragique, restituée par le corps de l’orchestre dans sa géométrie plus traditionnelle (l’harmonie réoccupant les rangs arrière, alors que pour le maître de Bonn, les cuivres, séparés des bois, étaient en façade droite du quatuor). Bannie la sehnsucht de l’Andante sostenuto, -indépendamment des chants paisibles du basson et du violon solo-, rendu dans toute sa pâte sonore, grave et douloureuse. Même l’Allegretto occulte le côté grazioso de la partition dense, fouillée, poignante, véhémente, dans laquelle le chef mettra toute sa passion. Et, que dire de l’ineffable thème de l’Allegro final à la beauté mélodique supérieure, préparée avec noblesse par les cors, comme un thrène de générosité humaniste équivalent à l’Hymne à la joie du Grand sourd. On était, là, au sommet d’une espèce de rage sacrée. Une conception titanesque rarement entendue, équivalente aux gigantesques symphonies de Gustav Mahler. Décidément, Chichon anticipe sur les époques.

 

Georges MASSON