Choeur de Chambre d'Estonie

LE CHANT DES PROFONDEURS BALTIQUES

 

Mis à part Sibélius, Grieg ou Nielsen, on méconnaît, dans nos contrées, la production septentrionale contemporaine. Le Chœur Philharmonique de Chambre d’Estonie était là pour nous la rappeler, comme le fit, de quelques scandinaves, la Maîtrise de Colmar venue à l’automne dernier à Metz, dans le cadre du Festival des voix sacrées. A L’Arsenal, les choristes, à parité hommes-femmes (26), impressionnèrent, par leur rigueur absolue, leur solidité quasimétallique, et leur sens ascétique de l’a cappella liturgique. Leur pilier est Arvo Pärt, qui bouclait la séance avec son récent Da Pace Domine, une évocation tragique autant que pacifique de l’attentat de Madrid de 2004, et qui, sous la conduite carrée de Daniel Reuss, ouvrit le concert avec son Magnificat de 1989. Loin des schémas sériels et atonaux, Pärt cultive une terre harmonique à la fois consonante et dissonante, sur un thème inspiré, dont le groupe vocal a dégagé avec recueillement la pure ligne mélodique.

LA FIBRE VERNACULAIRE

Chef et choristes avaient cru, ensuite, bien servir les Psaumes opus 78 de Mendelssohn par le biais d’une projection d’organe assez tranchée, de leurs rythmes martiaux, de leur austère rugosité, et de leurs intonations déclamées en force. Mais, en raison de cette lecture russifiée, on ne retrouvait plus la ferveur ni le piétisme à l’allemande du maître de Hambourg, la prononciation n’étant pas non plus au rendez-vous de ce que l’on pouvait attendre.

Il demeure donc évident que les Estoniens baignent nettement mieux dans ces atmosphères baltiques, retrouvant leurs racines vernaculaires à travers les Chants sacrés traditionnels de Cyrillus Kreek, inspirés d’anciennes mélodies populaires, que précédaient les émouvants Psaumes de David. Très différents furent les Triglosson Trishagion d’Erkki-Sven Tüür, réputé pour ses mixages de styles et se situant dans une esthétique postmoderne, et chantés sur des textes orthodoxes, alternant l’estonien, le russe et le grec. Seule pièces profanes au programme, les extraits du triptyque Nature Morte de l’Ukrainienne Galina Grigorjeva, sur des poèmes de Brodsky traduits en anglais, offraient une vision paisible et boréale, de par leurs longues tenues de notes, aux racines ancrées avec justesse cette fois dans le terreau musical russe.

Georges MASSON