De Debussy à Beethoven

FESTIVAL FRANCO-ALLEMAND

11 novembre 2012


O.N.L. :  le concert antipodal


Les Rondes de printemps  de Debussy, jouées par l’O.N.L. dans l’esprit d’une Suite instrumentale bien équilibrée, transparente, précise, souple et colorée, plus que dans celui évoquant les danses champêtres, était à l’opposé d’un signe prémonitoire annonçant la cataclysmique partition qui allait suivre. Ce sont les surprises du versus  « Ich liebe dich…moi non plus ! » , le Festival franco-allemand à plusieurs facettes et qui cultive à l’envi  le goût du contraste. Jacques Mercier, qui avait gardé sa sage mesure, fut tout à coup saisi de l’émotion qu’il allait lui-même libérer et transmettre au moment de la Gesangsszene (1963) du Munichois Karl Amadeus Hartmann, pratiquement injoué dans l’Hexagone. Œuvre sidérante, interprétée pour la seconde fois, Jacques Mercier dixit, conduit l’auditeur vers la désespérance humaine dont il brosse le plus noir tableau jusqu’à la finitude cataclysmique du monde. On n’est pas surpris par cette esthétique atonale dont on fut nourri dans les années d’après-guerre, mais par cette ambivalence qui malaxe un passé bruckno-mahlérien et un présent à la fois post-expressionniste à l’allemande, et post-dodécaphonisme schoenbergien, marqués d’une rythmique à la Stravinsky, et où l’on frise un moment la foudre d’ Apocalypse-now,  du moins sa musique de film ! Mais ce qui frappe, c’est la façon dont Hartmann, l’hypersensible ulcéré, tire sa sonnette d’alarme par le truchement du texte chanté (d’après Sodome et Gomorrhe de Giraudoux traduit dans la langue de Goethe), avec on ne peut plus de conviction et d’émotion  par le baryton Stephan Genz.

APRES L’HALLUCINATION, L’ADMIRABLE NATURE…

Si l’œuvre put remuer les tripes, la suite, tout en contraste, ne pouvait que vous bercer le cœur. Et la façon dont le chef restitua la  Pastorale de Beethoven,  à la tête d’un orchestre sans faille et d’une superbe musicalité, mérite là-aussi le comparatif. Au rebours de la manière rigoureuse, dense et respectueuse du chef-d’œuvre  auquel se dévouent les solides formations germaniques, Jacques Mercier nous proposa sa vision « à la française » (Ach mein Gott !), à la ligne mélodique limpide, légère, sereine, bienheureuse. C’est l’Eveil d’impressions joyeuses parfaitement ciselées, desquelles se dégage le sentiment de la nature aimée, son émerveillement ; c’est l’Andante au bonheur paisible et aux doux effluves, l’imitatif coucou, la gaité champêtre d’une danse festive, la petite peur que l’on ressent au craquant moment de la Tempête,  jusqu’au  Chant des pâtres où l’on perçoit ce frisson de la reconnaissance envers les beautés de Dame nature. Que du bonheur, n’est-ce pas ? Natürlich !      

                                                                                            

 Georges MASSON