De lamélodie au Lied

De la mélodie française au Lied allemand

17 novembre 2012

 

L’abondante variété des récents concerts de L’Arsenal sur le thème de la nature, du jardin à la française à la forêt allemande, ne nous fera pas oublier la venue de Werner Güra qui  doit sa réputation internationale à sa qualité de ténor d’opéra et plus encore à sa spécialité dans le répertoire du Lied. Dans cette Salle de l’Esplanade, propice au récital, il était accompagné d’un pianiste, Christoph Berner, très proche, musicalement parlant, du chanteur, et sur une ligne chambriste d’une belle tenue. C’est la seconde partie de la séance qui fut la plus révélatrice des affinités de Werner Güra, au travers du cycle des Liederkreis de Schumann. Car, au début, les quatre mélodies de Raynaldo Hahn passaient mal, de par le décalage entre ses habitudes d’interprète et leur restitution, rude et malhabile, les voyelles étant phonétiquement mal placées, voire déformées. De plus, pour cacher ces défauts dans la prosodie, le ténor en forçait l’éclat, extériorisant Le Printemps comme un vigoureux air d’opéra et sans en traduire le sens du texte. Les quatre mélodies d’Henri Duparc passaient mieux, car l’interprète utilisait à bon escient les mezza-voce, comme il apportait plus de souplesse à sa Chanson triste. Mais le ton n’y était pas vraiment.  Toutefois, la qualité sonore de son organe était parfaite, par sa rondeur très chatoyante et par son  timbre riche et flamboyant.

Le contraste apparut avec Im Frühlingde Schubert où le chanteur retrouvait ses marques et dans lequel il apportait une sensibilité plus nuancée et mieux adaptée au contenu du poème. On a aimé l’atmosphère voilée d’ Auf der Bruck. Idem pour les trois autres Lieder schubertiens. Il n’en reste pas moins qu’on a pu observer une tendance à surfer sur les syllabes. Ce qui est frappant également, c’est qu’à l’instar d’autres chanteurs familiers de la langue de Goethe, Werner Güra arrondissait les angles en utilisant un « sprech » moins rugueux, une manière que n’adoptaient pas les précédentes générations de chanteurs germaniques. On est loin tout de même, de l’articulation archétypale de Dietrich Fischer-Dieskau, récemment disparu.

On aura donc préféré Güra dans ces douze Lieder de Schumann où sa voix bien chauffée, était habilement coulée dès l’In der Fremde sur les vers d’Eichendorff, et bien équilibrée dans sonIntermezzo bien qu’il ait parfois tendance à faire le grand écart entre les ppp et les fff, Il distille et nuance la Waldesgesprächt, conduit bien son organe expressif et sans excès dans Mondnacht aux couleurs particulières. Mais pourquoi était-il si pressé à l’ultime Frühlingsnacht en passant aussi  vite sur les mots ?

 

Georges MASSON