Ensemble Balthasar-Neumann

BACH ENTRE DOULEUR ET JUBILATION

 

Alors que l’on a plusieurs fois entendu à L’Arsenal des chœurs de solistes sans choristes derrière, voici revenu le double Ensemble Balthasar-Neumann (25 chanteurs mixtes et 25 instrumentistes), dont les solistes, polyvalents, ne font pas le paon devant l’estrade comme dans certaines versions concertantes, mais font la navette et se positionnent au cœur même du dispositif vocalo-orchestral. On dira que les chantres, disposés sur un rang en arc encadrant l’orchestre, ont gardé cette infaillible solidité rythmique, cette opulence, cette souplesse rebondie, sans la lourdeur qu’on peut craindre, et dont l’articulation polyphonique est d’une précision horlogère. Ajoutons que, dans les cantates et le motet de Bach au menu, la prononciation, légèrement limée de la langue de Goethe, a trouvé son compromis en regard de certaines chorales germaniques.

SOLISTES HOMMES PLUS SOLIDES…

Côté instrumental, c’est tout aussi généreux : on y retrouve ce style d’interprétation large, les légatos de cordes amples et soyeuses, à l’inverse du dogme des baroqueux à la spartiate que l’on ne dénigre pas pour autant. Hédoniste, Thomas Hengelbrock l’est toujours, qui va prendre la tête du Symphonique  de la NDR à la suite de Dohnanyi. Il aime les belles constructions, comme celle qu’il nous donne à entendre de cette longue cantate de près de trois quarts d’heure, Ich hatte viel Bekümmernis (Mon cœur était plein d’affliction). Il n’est qu’à entendre le premier »coro » fugué pour être aussitôt séduit par les croisements de voix coulant avec souplesse, dynamisme et malléabilité. Côté solistes, la soprano Katja Stuber était plutôt discrète au rebours du ténor Virgil Hartinger dans son recitativo et aria. Force, pureté, timbre moelleux, souffle noble, divine projection, et un « sprech » parfait à l’image des « Heldentenor » d’opéra qu’il est. Spectaculaire ! Mais est-t-il pour autant l’oratorien idéal pour cette œuvre pieuse ? Un évangéliste en tout cas. Après un quatuor de solistes adossé au chœur, ce fut un dialogue en récitatif où se mêlaient une soprane et surtout le baryton-basse Stefan Geyer au solide organe. Pour une fois, ce sont les solistes hommes qui dominaient le plateau. Et la cantate s’acheva sur une fugue triomphale avec trompettes et timbales…

Après un court motet quasi « a cappella » sauf qu’un orgue, feutré, accompagnait le chœur et dont le savoureux mélange de voix, comme en écho, semblait planer, le contraste était frappant avec la Cantate pour la fête de Saint-Michel (BWV 19). Elle donnait des ailes au chœur sautillant, jubilatoire, aux subtils staccatos vocaux. En pleine ivresse sonore, le « coro » d’entrée rappelait les « perpetuum mobile ». Là aussi, le recitativo de la basse (Raimond Spogis) était solidement charpenté, mais la soprane manquait un peu de rigueur, alors que le ténor Jakob Pilgram moulait excellemment ses phrasés. Les bravos furent à la hauteur de la prestation.

Georges MASSON