F-F Guy 2

Intégrale Beethoven

L’ondoyant cœur à cœur d’un pianiste et de son idole

 

La route est longue qui mène aux marches de l’Olympe  et François Frédéric Guy en aura franchi les étapes, selon sa volonté, en deux ans et quatre mois, à L’Arsenal de Metz, jusqu’au mythique Hammerklavier qui bouclaitce marathon beetovénien qu’auront enregistré sur disque, depuis Schnabel il y a quatre-vingts ans, les grands solistes du monde et que poursuit, presque en même temps, cet autre pianiste français de la même génération,  Jean-Efflam Bavouzet. C’est dire si Ludwig van les interpelle et les interpellera toujours.

Le parcours de François-Frédéric  Guy fut, en fait, assez mouvant, autant confidentiel qu’il pouvait être flamboyant. Il partait dans l’idée de nouer un dialogue intime avec les mânes du compositeur dont l’âme serait d’essence divine. En une sorte de vaste et long « colloque sentimental » selon Debussy et ses espaces secrets. Il partit, dès les premières séances, à la recherche de la pensée inconnue  et des nouvelles vibrations par sympathie en modulant la pédale harmonique. Toutefois, la sonorité du Steinway fut assez fluctuante aux premières foulées de 2009/10, le timbre étant rêche, les graves métallisants, cet ascétisme pincé ayant surpris l’auditoire. Mais François-Frédéric partait sur l’idée de retrouver les résonnances enfouies dans les arcanes du piano-forte, et y découvrir les sonorités peut-être hypothétiques du maître de Bonn. Il s’en éloigna au fil de son parcours tout en mesurant ses croisées d’ébène et d’ivoire avec cette confiance du dialogue intérieur, de la fraîcheur juvénile, de la simplicité, de la sincérité, sans le moindre hermétisme. De sa quête, toujours recommencée, l’anachorète, glissé dans les replis du cœur de son idole, semblait sous hypnose lorsqu’il aborda ses adagios baignés dans les nébuleuses montées harmoniques, dessinant délicatement ses figures ouatées, avant de sortir de cet onirisme lucide, et se réveiller comme celui qui va non point dominer d’arrogance, mais donner toute sa force jusqu’ici dissimulée, bien que murie et vouée tout entière à son héros.  

 

MEILLEUR DANS LES SECONDES PARTIES 

Retenu, il l’était déjà à sa Pastorale de mai 2010, sa Waldstein ayant été plus jaillissante. Et que dire de sa Pathétique de décembre 2010, où l’on sentait le mûrissement de celui qui allait embraser La Tempête le jour suivant !  Oui, une intégrale, c’est comme une chaîne de montagnes : elle peut avoir plusieurs sommets. Or, ces points culminants surgissent, ici et là, troublant la logique d’un itinéraire qui eut appelé l’ordre chronologique de leur composition, ici battu en brèche et qui n’en réveillait pas moins de surprises selon  les différences d’approche observées tout au long du chemin. L’Appassionata d’avril 2011 fut un des pics de son interprétation, où le romantisme émanant des progressions vertigineuses et véhémentes, se livra jusqu’à l’incandescence. A chaque fois, le pianiste, toujours meilleur dans les secondes parties de ses onze programmes, était davantage applaudi. (des bis ponctuèrent chaque session). Il atteignit la catharsis attendue à l’ultime 32e sonate, fin 2011. Et ce parcours transcendant  (malgré la pénultième séance plus ou moins réussie  des Trois Premières dédiées à Haydn ), fut porté à son acmé avec cette Hammerklavier fascinante par sa complexité, anticipatoire des épanchements chopiniens et des véhémences lisztiennes, dont François-Frédéric révéla la modernité, la mystique secrète, la pensée interrogative, la concentration murie de l’interprète en quête d’univers sensible dont celui -là lui ouvrait les portes de la félicité.

On lui souhaite un Diap’ d’or ! 

 

Georges MASSON