F-F Guy

François-Frédéric Guy : la catharsis d’un pianiste


Si l’on compare l’approche qu’avait François-Frédéric Guy lors des premiers récitals de son marathon beethovénien enregistré en live à L’Arsenal et sa volonté d’en traduire l’intégrale selon une lecture plus proche des sonorités du piano-forte et qui étaient pour le moins désagréables, on peut dire qu’il a, au fil de ses stations, modifié sa pensée et sa trajectoire qui s’affirme plus clairement au fur et à mesure où l’on arrive au terme des trois dernières sonates, celles de l’opus 109, 110 et 111.

Il touche aujourd’hui aux points culminants de cette quête, toujours recommencée, jusqu’à en atteindre l’idéal interprétatif qui n’est peut-être plus celui dont il avait rêvé au départ. Il apparaît, en effet, qu’il cherche à retrouver le climat et l’affectivité d’un Ludwig van, solitaire, sensible, serein et comme apaisé. Sans excès, sans frénésie, mais de cette force tranquille traduisant cette philosophie pacifiante du maître de Bonn, François-Frédéric Guy nous dévoile un nouvel horizon coloral, touchant aux brises romantiques affleurant au cœur du grand sourd. Dès la n° 30, il aborde son Vivace tout en légèreté, en transparence et en délicatesse, usant judicieusement de ses rubatos et opérant des contrastes entre les nuances qu’il ajuste et contient. Il allonge le tempo de l’Adagio avant son Prestissimo transparent et termine dans un voile de douceur. Fuyant l’épate et l’effet, sa 31ème est, là aussi, dénuée de toute rigidité. Il en aère son Cantabile et lui apporte en délicatesse, sa poésie sincère. L’atmosphère générale est toute en confidence et on y décèle des songes secrets, son long silence traduisant un questionnement non dramatisé. L’interprète ne surjoue point les séquences qui s’y prêteraient, contient son cadre d’expression, excepté dans la Fugue finale qu’il conclut sur un crescendo dense.

LE POINT CULMINANT

Le grand moment attendu était, bien évidemment, la 32ème qui, impérative au départ, est, sous les doigts du pianiste, bercée de rubatos en équilibre, alternant la métrique rigoureuse et libérée ensuite. Le public retient son souffle à l’Arietta, qui arrive comme un rêve éthéré et nostalgique. Sa construction réfléchie et inspirée offre au pianiste un fil de lecture tout en mezza-voce, qui évacue les affirmations trop appuyées au bénéfice d’une interprétation toute de pudeur et de sensibilité. Il aboutit ainsi à cette suprême catharsis que l’on espérait et qu’il atteignit. On n’était plus dans l’ascétisme pincé des premières séances mais dans une perception beaucoup plus sincère, naturelle, inspirée, intériorisée.

Encore deux stations en avril 2012 avec ses onzième et douzième concerts. On pourra alors opérer une synthèse de l’intégralité de ce parcours transcendant, dont la traduction discographique des premiers récitals vient de sortir chez Zig Zag Territoires. F.F. Guy a déjà décroché cinq Diapasons.

 

Georges MASSON