Festival Jeunes Talents

Ses mains légères coulaient sur l’ivoire…

17 novembre 2012


Le Festival Jeunes Talents de Mireille Krier s’est associé au Festival « Je t’aime moi non plus » pour son premier concert de la saison avec la pianiste Justine Leroux, 25 ans, lauréate du Concours international d’Orléans 2012. Plein de fraîcheur et de limpidité, ce fut un récital veuf de son partenaire allemand puisque ne comportant que des pièces de musique française de trois époques bien différentes. Jean-Philippe Rameau d’abord. Il est évident qu’une de ses Suites pour clavecin ne pouvait que sonner différemment sur le Steinway de concert de la Salle de l’Esplanade. C’est ainsi que la pianiste distilla habilement, non sans être au début, saisie par l’appréhension, la dizaine de numéros auxquels elle apporta une fine coloration à ses courbes sonores, au rebours de la frappe rigide des instruments à cordes pincées. Ainsi, les danses baroques de cet opus en mi majeur ne sont plus tranchées selon la rythmique baroque, mais se présentent sous forme mélodique au souple déroulé classique, à laquelle l’interprète apporte sa fraîcheur et sa fine sensibilité.

C’est ensuite qu’on entrait dans le dur. Alterner Messiaen et Debussy, c’est marquer la différence entre la plume descriptive de l’un et l’approche impressionniste de l’autre. On sentait que la jeune concertiste était passée par les classes d’Yvonne Loriod. Sa disciple cerna  le Merle bleu extrait du Catalogue d’oiseaux du maître, à la manière d’une marine musicale, avec luxuriance et souplesse, en suivant cette forme non rétrogradable chère au compositeur. Cependant on percevait moins l’écho des rochers roussillonnais censés décrire en toile de fond le tableau. On préféra Justine dans son Loriot, ce bel oiseau jaune aux ailes noires, de par son jeu d’arc-en-ciel réussi, son chant irisé respirant les continents lointains et ensoleillés, avec, au centre, ce babillage de fauvettes jumelles tout en douceur et en luminosité. Les registres élevés passent mieux, plus proches qu’ils sont des ébats du passereau au rebours des résonnances de pédales et frappées des grands accords graves et de cris amplifiés, bien qu’ils soient inscrits sur la partition sans toutefois être dans la gorge de l’oiseau, avec ses babillages et ses silences.

On sera plus réservé sur les Debussy dont on attendait de l’interprète qu’elle en fouillât les arcanes souvent énigmatiques des trois Images. Les Cloches à travers les feuilles manquent un peu de mystère, bien que les résonnances harmoniques dégagent un parfum automnal, et l’on eut souhaité percevoir, des Poissons d’or, une espèce de scherzo avec sa féerie d’étincelles sur fond nocturne. L’Isle Joyeuse, d’une belle aquarelle sonore, avec ses touches légères un peu évanescentes, attend d’être plongée dans une atmosphère plus immatérielle. En fait, la soliste vit une jeunesse qui acquerra, au fil d’une carrière prometteuse, toute sa maturité.

Georges MASSON