La Périchole G Masson

La Périchole : Offenbach à la sauce clownesque !

On n’est pas dans Les Saltimbanques de Louis Ganne mais cela y ressemble quant au choix délibéré du metteur en scène Bernard Pisani, de faire tourner La Périchole d’Offenbach, sur une piste de cirque, devant une arène en demi-lune et en cinq représentations à l’Opéra-Théâtre de Metz. On avait été un peu déçu de sa conception de L’Opéra de Quat’sous de Kurt Weil en mai dernier, non pas sur le plan des chanteurs lyriques triés sur le volet et à l’aise dans les songs, mais au niveau de la transposition du sujet noir de Bertolt Brecht traité dans l’esprit de la comédie musicale. On assiste, ici, à une autre espèce de transfert de typologie, par le travestissement des personnages où le vice-roi du Pérou est un Monsieur Loyal, dresseur de fauves, en uniforme galonné et bardé de brocarts d’or, où le gouverneur de Lima est déguisé en Pierrot lunaire, où le premier gentilhomme de la chambre royale est un Zapata des faubourgs qui claque la semelle et crie à l’envi. C’est du lourd ! La Périchole, somptueuse, toute de blanc vêtue et portant haut de forme, out comme son amant Piquillo, couronné de fleurs et en tunique zébrée à la romaine, n’ont plus cet air de claquedents des chanteurs de rue. Et tout cet univers coloré sur fond rouge-orangé, est perpétuellement entouré, comme le public d’ailleurs, de jongleurs et de ballerines en petites tigresses qui jouent les intermèdes scéniques, contribuant à l’animation parfaitement réglée de tout ce petit monde des plaisirs. Si le Ier acte est, hélas ! brossé dans la caricature, pimenté d’exclamations bruyantes et volant au ras des pâquerettes, son II et son III le rachètent, heureusement, la patte du metteur en scène se révélant efficace dans le genre revue musicale et opérette à grand spectacle, ce qu’elle est au final.

Nonobstant ce décalage d’emplois, l’opéra-bouffe se présente ainsi sous une autre forme de dérision des personnages de haut rang, ce qui peut faire sourire…ou déplaire. Les décors d’Eric Chevalier sont souvent des réemplois (budget oblige !), les jeux de lumières (Jacques Chatelet) sont efficaces, et les costumes de Frédéric Pineau (qui avait conçu ceux de l’opéra de Kurt Weil), richement taillés. Le mezzo, moelleux dans le grave, de Julie Robard-Gendre (rôle-titre), est mieux exploité que dans L’Attaque du moulin de la saison dernière, mais le ténor de Nicolas Gambotti (Piquillo), râpeux et quasi-détimbré, fut assez décevant. Le solide baryton d’Olivier Grand (Don Andrès, vice-roi) est surpassé en décibels, par la voix de stentor d’Yvan Rebeyrol (Don Pedro, gouverneur), mais le clown de Lionel Mouzin (Don Miguel) ferraillait sans vergogne. On ajoutera le pittoresque marquis prisonnier de Franck Cassard, sans oublier les affriolantes trois cousines aux voix de divettes, sur leurs balançoires et un peu partout ensuite. Les danseurs du chorégraphe Patrick Salliot sont omniprésents, les chœurs de Jean-Pierre Aniorte sont à l’aise dans l’arène, et Jacques Mercier, à la fosse, nous restitue, avec élégance et musicalité, une partition dans le bon goût de l’opéra-comique à la française, à la tête de l’Orchestre National de Lorraine.

Georges MASSON