Le retour des Caravelles

Avec Alain Pacquier, c’est le retour des Caravelles à Metz

 

Il y a tout juste 30 ans : c’était fin mai 1981. L’Institut de Musique Ancienne de Metz jetait les bases de ce qui allait devenir une petite révolution copernicienne dans le cercle des baroques disparus. Les Sacqueboutiers de Toulouse entonnaient le péan huit mois plus tard. Et le combat commença sur le mode délicieusement provocateur : « La musicologie et l’ethnomusicologie seront utilisés à Metz comme moyens et non comme finalités, quitte à faire tousser tous les sacristains dans le moisi de leurs chapelles antiquisantes ou modernisantes ! » Le ton était donné. Puis ce fut, à Pâques, la résurrection de l’oratorio liturgique Gesu al Sepolcro, d’Antonio Perti, scénarisé à Sainte-Glossinde avec le réalisme un brin sensuel et dans toute la fureur du mélodrame sacré. Sacré Pacquier ! Merci Alain. Il est revenu, avec armes et bagages, ce voyageur universel qui, après avoir fait bouger les lignes du XVIIIe italien, a réalisé la plus étonnante moisson musicologique inimaginable, en repêchant ce continent musical englouti du baroque latino-américain et des missions jésuites, célébré tous les ans au Festival de Sarrebourg.

UN FESTIVAL EN SEPTEMBRE A L’ARSENAL

En ce début juin 2011, c’était la folie douce dans cet Arsenal rempli à ras bords de la vague populaire et curieuse, ivre d’applaudissements en direction de la dernière couvée des Chemins du baroque, le Paraguay-Barroco et ses dix instrumentistes qui, Alain dixit, « nous donnent plus que ce qu’on leur a donné ». Il est vrai que le timbre et le son des cordes, des harpes et des petites percussions, sont pour le moins pittoresques et tout à fait dépaysants pour les oreilles rigoristes des occidentaux qui ne conçoivent guère l’interprétation les madrigaux de Monteverdi selon une sorte de chorégraphie vocale décontractée, exotique, langoureuse et particulièrement festive. Le Concerto pour deux violoncelles de Vivaldi a pu faire également tousser les puristes qui ont dans l’oreille les versions du Giardino Armonico ou d’Europa Galante aux archets à la virtuosité très différemment contrôlée. Quant à la sonate retrouvée chez les Indiens chiquitos des missions jésuites boliviennes, elle est une sorte de copie conforme d’un Vivaldi aux mouvements sans développements. C’est frais, bondissant, ludique, languide, et on y retrouve cette irrépressible scansion qui donne à ce baroque des couleurs locales folklorisantes et métissées. La pièce de harpes hawaïenne et paraguayenne mit la salle en transe avec ses accelerandos et ses decelerandos au piquant dynamisme, et que l’on pouvait comparer au Pacific 231 d’Honegger. Tout de joie explosive, ce final dionysiaque baigna la salle dans une espèce d’ivresse sonore et de farniente auquel elle était, semble-t-il, peu habituée. Ce Retour des Caravelles attendu, augure bien des Caminos du 15 au 25 septembre prochain, où, dans ce même Arsenal, deux cents musiciens de dix pays du continent latino, polyphonique et polychrome, seront présents, avant de jeter l’ancre au Musée Branly. Oui, Alain Pacquier est de retour pour déployer les nouvelles plumes de paon qu’il avait fait pousser à Metz, avant de jouer les Christophe Colomb de la musique.

Georges MASSON