Liszt et Schubert

D’une vision tragique aux bonheurs de l’instant

18 novembre 2012

 

On se souvient du Quintette à deux violoncelles de Schubert -un des sommets du répertoire de la musique de chambre-, que ses interprètes du Salon de musique de Metz, fondé par Philippe Baudry, avaient porté, en juillet dernier, dans la salle d’honneur de la Préfecture de la Moselle, vers les profondeurs de l’émotion. Par la gravité du propos, la ténébreuse angoisse qu’inspire la partition, les cinq cordes atteignaient ce degré du tragique qu’on ne leur avait pas encore connu jusqu’ici. C’est un autre Quintette, de Schubert également, qu’ils viennent tout récemment de traduire, Salle de l’Esplanade de L’Arsenal dont les interprètes franchissaient les portes pour la première fois. A l’opposite du premier, c’est toute la légèreté et la transparence qui coulait de ce célèbre opus La Truite, respirant le bonheur et le plaisir de l’instant. La restitution en est, techniquement, exigeante, et les comparatifs ne manquent pas entre les versions engagées, plus creusées, plus virtuoses, où plus « à la viennoise ». Ici, la conduite générale est, si l’on peut dire, plus « à la française » mais également, moins expansive que d’aucuns auraient pu le souhaiter. Les « tirer-pousser » de la violoniste semblent un peu courts, ce qui rétrécit l’amplitude du jeu des autres cordes qui entretiennent un climat plus intime et d’une sensibilité plus retenue, réduisant le mélodisme planant et berceur. La différence d’approche réside aussi dans la partie de piano charpentée, stricte et plus affirmée. Et cependant, cette version ruissèle très agréablement à chaque mouvement dont le Scherzo redoutable confirme la vélocité des quintettistes abordant ensuite le thème découlant du Lieder éponyme avec une jolie musicalité.

UN TRIO PEU CONNU DE LISZT

Le concert était introduit par une pièce majeure du Premier cahier des Années de pèlerinage de Franz Liszt, La Vallée d’Oberman, que le compositeur transposa, à la fin de sa vie, pour trio violon- piano-violoncelle sous le libellé de Tristia. Une découverte, car elle n’est que très rarement jouée en concert si elle figure dans certaines productions discographiques (*). Au rebours de l’original pour piano, impressionnant, tout en force et en profondeur que recèlent les touches du clavier, la version transcrite contient toute la poésie dialoguée entre violon et violoncelle qui entrelacent les thèmes d’une subtilité romantique, et qu’accompagne le piano. La sensibilité qui se dégage est tout autre que celle sur laquelle se base le piano seul.

(*) Enregistrements des Trios Wanderer, Chausson, du Trio d’Ante de Vienne et de l’Hyperion-Trio.

Georges MASSON