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Macbeth ou la risible tragédie

 

Duncan, devenu roi d’Écosse en 1034 puis assassiné en 1040, aurait pu se retourner dans sa tombe le 8 octobre 2010, mais il aura préféré laisser le metteur en scène de Macbeth, le Trévirois Gerhard Weber, affronter les « hou…hou…hou… » de la salle au dernier tomber de rideau de l’opéra de Verdi. Chapeau à ce tour de passe-passe géo-politique d’un fin renard qui a travesti un monarque médiéval du septentrion européen en président d’une république bananière et corrompue. C’est donc une transposition du drame antique dans l’agitation pétrolière des pays latino-américains (la pompe à hydrocarbures fonctionne durant tout le 2e acte !), qui, depuis cinquante ans, collectionnent complots, putsch, coups d’état et massacres.

On se croirait toutefois en vacances. De vastes hélices nous indiquent qu’on est sur un terrain d’aviation où la foule en blanc remue ses bagages. Les sorcières à balais et à lunettes fumées se livrent à des contorsions de pom-poms girls, dignes des danseuses du Crazy Horse. Commandos en treillis, en rangers, en casquettes, braquent leurs kalachnikov à tout va, et des bandits masqués déboulent, l’air louche, au moment des forfaits. On n’échappe pas au distributeur à café, au frigo, aux portables, aux micros, aux pancartes de manif., au bar latino…aux gros bras qui en mettent plein la vue, offrant un spectacle bariolé, d’un réalisme, à la limite outrancier.

Bref, on réécrit l’histoire tout en s’en inspirant. Ce qui veut dire qu’on ringardise le livret de Piave dont, pourtant, on chante les paroles. D’où les non-sens quand on évoque l’Angleterre vengeresse ou l’Écosse retrouvée. On a remplacé la grisaille des Highlands par l’agitation tropicale dans des costumes bigarrés, ce qui donne, à la scénographie générale, une ambiance de comédie musicale fringante et rythmée. Comme la partition verdienne, assez ronflante (bonne tenue de l’Orchestre de Trèves dirigé par Victor Puhl qui doit faire avec…), suit l’évolution lyrico-romantique du XIXe siècle, elle sert en quelque sorte, de base de lancement aux personnages à effets cinéma ou sortis de bandes dessinées. Or, au XXIe siècle, ces tyrans et malfrats sont quand même assez naïfs pour croire aux prédictions des pythonisses, à la véracité des spectres et fantômes, à l’oracle sorti d’un chaudron où à la forêt qui marche, bref à tout cet univers fantasmatique.

On rit de ce Macbeth dictateur, en uniforme à la Pinochet, qui fait rouler un planisphère comme Chaplin, mais qui reste néanmoins le solide baryton que l’on connaît, Jean-Marc Ivaldi ; on déguste cette Lady Macbeth, langoureusement provocatrice dans son canapé, jouant les vamps à la Marilyn Monroe, mais en plus trash, ou se laissant peloter à la plage par un de ces costauds biens membrés dans son maillot de bain vert ! Malgré sa voix de soprano qui s’en tire bien dans ses redoutables cabalettes, l’affriolante Meav Barnea, qui remplaçait au pied levé Vera Wenkert (souffrante, comme deux autres chanteurs de la distribution dont Guido Jentjens, un Banquo crâne rasé et balafré, mais à la rude basse), était davantage dans un rôle de vedette épanouie, sa scène de la folie, cachée sous une table ne reflétant guère la situation tragique dans laquelle elle entraîna en spirale tout son monde. Uti, non abuti, dit le proverbe. S’en servir mais sans en abuser. Les amateurs éclairés sont partis à l’entracte. Mais allez-y quand même, pour voir…

Georges MASSON