N Stutzmann Arsenal 16 avril

Les métamorphoses d’un contralto au profond cantabile

 

On oubliera le récent épisode, salle de l’Esplanade de L’Arsenal de Metz, d’un concert avec l’O.N.L. en petite formation, où Mozart, précipité hors de son siècle était fondu dans un métal de cordes à l’éclat factice. Petit écart de parcours de Nathalie Stutzmann ? Elle revenait, huit jours plus tard, à ses fondamentaux….. C’était il y a vingt-cinq ans. La contralto flirtait pour la première fois avec les airs d’opéras de Vivaldi et découvrait que, par lui, le baroque était une mine d’or pour sa voix. Depuis son concert avec Marc Minkovski et son orchestre « dix-huitième » , on n’imaginait pas que cet organe que l’on découvrait quelques années auparavant au théâtre de Metz, allait épouser la courbe évolutive qu’elle dessine aujourd’hui et qu’elle vient de porter à son acmé.

Avec son bébé, l’Orfeo 55, baptisé à L’Arsenal et qui va avoir deux ans, elle entamait au Palais Bofill, une résidence unique en son genre où la cantatrice chantait tout en dirigeant. On n’avait jamais vu cela. Le dogme instrumental du non-vibrato, du trait sec et du gonflement rythmé de la note, s’évanouissait peu à peu et c’est toute la phrase musicale qui se déployait, s’amplifiait et se calquait davantage sur le modèle classique. Mais il est apparu, au fil de ses concerts messins, donnés à raison de deux par an, que la pianiste, bassoniste et violoncelliste qu’elle fut avant de chanter, transparaissait chez la musicienne qui s’est toujours nourrie du substrat timbral de la touche, du vent ou de la corde, car il lui apportait une coloration particulière capable de se fondre dans la couleur de bronze de son contralto. Miracle ! Aussi, en écoutant ces extraits d’opéras de Vivaldi qu’elle nous proposa sous le titre accrocheur « Les rivales des castrats », on put mesurer la métamorphose sonore qu’elle a accomplie depuis ses premiers pas vers le « prete rosso ».

EMPATHIE ET BEAUTE D’ÂME…

C’est donc une longue préparation mentale qui aboutit à cet élan de spontanéité et à cette empathie à l’endroit de ses musiciens comme à celui du public qui leur rend bien. On assiste donc, in vivo, à la passion rentrée qui anime son aria de Juditha Triumphans, au dolorisme inclinant vers la speranza qui baigne sa Ritornello de l’Orlando Furioso (ses deux opéras des plus joués), à la virtuosité assumée dans le grave et aux accents haletants et tumultueux de son récitatif et air de l’Olimpiade. Il y a aussi les grupettos discrets, les agréments subtils de son Il Giustino, son aria de La Constanza triomfante dell amore, cet air arachnéen porté sur les pizzicatos et qui s’évanouit dans les espaces pianissimes. Et que dire de son émouvant extrait d’Andromeda Liberata, précédé d’un solo de violon, où elle développe un cantabile sublime, teinté de mélancolie, donnant du volume à son mélodisme, montant en trémolo vers une espèce d’arc-en-ciel vocal d’une pacifiante beauté et libérant sa note montante en léger vibrato. Puis son final aux pulsions rapides et véhémentes, descendant aux abîmes. La tension montait dans la salle comme les crescendos de ses airs.

Un mot sur les deux concertos, celui pour deux violons et celui pour basson. Une complicité, une beauté d’âme, et la musique qui respire…

 

Georges MASSON