N Stutzmann et l'ONL

C’est Mozart qu’on romantise !..

 

Elle est au four, pas au moulin. Elle, c’est Nathalie Stutzmann qui, en ce jour, ne chante pas en dirigeant, mais conduit pour la première fois l’O.N.L. dans sa formation de chambre et dans un programme on ne peut plus classique. Dès l’abord, on décèle dans sa gestique, une bien autre lecture de Mozart que celle à laquelle on aurait pu penser puisqu’avec son propre ensemble, Orfeo 55, qu’elle dirigeait à Metz dès sa fondation au début de sa résidence en 2009, elle nous mitonnait un programme dans l’esprit d’un baroquisme souple. A ce cinquième concert consécutif, la Petite Musique de Nuit prenait des ailes, le chef entraînant ses vingt-trois cordes acérées et irradiantes, dans un Allegro vif, vigoureux, pressé. Ces sonorités franches et nourries n’étaient pas sans rappeler le style d’interprétation des orchestres classiques au temps d’un Münchinger, recherchant les nuances opulentes et les phrasés généreux.

UN CELLO FUNAMBULE

Poursuivant sur cette lancée des tempos en "accelerando", du Menuet franc et sonore au Final, elle fera vibrer la corde lyrique et appuyera façon « marcato », le premier Concerto pour violoncelle de Haydn, devenu l’œuvre fétiche depuis sa découverte il y a cinquante ans. Mais c’est une autre vision qu’en donnera la soliste, Sonia Wieder-Atherton, dont l’archet racé surfe en funambule sur les cordes sans écraser la note et sans en louper une, planant sur les traits les plus casse-cou avec une légèreté surprenante. Nonobstant, l’accord était parfait entre chef et celliste au niveau de l’équilibre rythmique et de la précision horlogère. La soliste, après une libre cadence que l’on eut dit improvisée, aborda son Adagio, rêveur et inspiré, avant son Final irrésistible, comme une course contre la montre et sans faux-pas. Retour à la sérénité, Sonia Wieder-Atherton joua, en bis, une Sarabande extraite d’une des Suites pour violoncelle seul de Bach, livrée dans un sentiment recueilli et un pianissimo profond.

Vint, pour finir, la Sol mineur de Wolfgang-Amadeus, (30 pupitres avec les vents), où Nathalie Stutzmann, donnant l’illusion d’un orchestre plus étoffé, fit ressortir les solos des bois et surtout des cuivres, et saillir avec brillance le quatuor. La symphonie prenait alors une autre dimension de par son style et son expression romantique, anticipant sur le siècle suivant. Etait-on encore dans l’esprit de Mozart à travers la dramatisation du propos dégageant une couleur sonore beethovénienne avec des appels de cors brahmsiens ? Voici une théorie qui va à contre-courant des défen-seurs d’une lecture tenant compte de l’instrumentarium de l’époque et des conceptions d’écriture du temps mozartien. Le pour et le contre.

 

Georges MASSON