Nuit russe à l'Arsenal

UNE « NUIT RUSSE » QUI DÉBOUCHE SUR UN AIR VIENNOIS !

 

Le calendrier des concerts de L’Arsenal de Metz nous a donné l’occasion, à vingt-six jours d’intervalle, d’assister à la confrontation des deux solides phalanges d’Outre-Rhin les plus proches de nous. Quelle aubaine ! Alors qu’au week-end France/Allemagne de novembre, c’est l’Orchestre National de la Sarre dirigé par le pénétrant chef japonais Kamioka, modelant et intériorisant la matière sonore selon une respiration subtilement mesurée, avec une précision d’orfèvre et en vertu d’une discipline à la spartiate, la Deutsche Radio Philharmonie de Saarrbrücken Kaiserslautern invitée de l’Orchestre National de Lorraine, vient, de son côté, de nous livrer une « Nuit russe » plus extériorisée sous la baguette, chaleureuse et populaire de Christoph Poppen. Concurrence évidente. La haute technique du quatuor comme des vents n’en est pas moins à souligner, qui s’affichait au travers d’une Ouverture comme Russlan et Ludmilla de Glinka où les 50 cordes n’en faisaient qu’une, et, précédemment dans le  Gopack  de Tchaïkovski. Généreux en couleurs slaves, le programme pouvait être mis en parallèle avec celui, tout aussi thématique, de l’O.N.L. explosant son ibérisme le mois dernier. Ici, Christoph Poppen prend des chemins peu connus, hormis sa  Marche slave  tchaïkovskienne, en lui donnant un caractère de fanfare, cuivres et bois y allant à pleins poumons, la percussion assénant le tout. Avec un présentateur plus qu’un commentateur, le musicologue Michaël Quast, semblant mener une sorte de show musical avec un accent tudesque plutôt rugueux. Mais bref.

LE LYRIQUE, VERSION CONCERT

Si les versions concert d’extraits lyriques bénéficient du large spectre symphonique de l’opéra, leur interprétation par les chanteurs aussi proprement faite soit-elle, ne restitue pas nécessairement l’état sensible du moment de l’ouvrage. Non pour l’extrait de La Dame de Pique où Morten Franck Larsen chauffait son baryton un peu engorgé, ni dans celui de Yolanta où Evenila Dobraceva dégageait la finesse expressive et vibrante de son soprano léger, ou encore dans le duo Snegoroutchka  de Rimski-Korsakov où les deux artistes étaient plus à l’aise, pas plus que dans l’extrait de Francesca da Rimini  d’un Rachmaninov nourri au râtelier du vérisme puccinien où la soprano légère plane aisément dans les aigus. Mais dans la scène finale d’Eugène Onéguine portée vaillamment par l’orchestre boostant les deux chanteurs dans la force, douloureuse, certes, mais non dans l’émotion du désespoir et la fêlure de l’âme auxquelles le plus émouvant des opéras de Tchaïkovski nous invite. Après un premier bis de la célèbre Valse d’Onéguine, rendue, comme il se doit, par une phalange plus proche de ce symphonisme à l’occidentale propre au compositeur, le duo de La Chauve Souris  de Johann Strauss, réclamée par un public chauffé à blanc, nous ramenait aux douces viennoiseries d’opérette dans lesquelles les deux solistes excellent. Charmante porte de dérivation !

Georges MASSON