Piazzolla valorisé, Monteverdi minoré

PIAZZOLLA VALORISÉ, MONTEVERDI MINORÉ

 

Le petit monde de la musique baroque serait-il en train de virer sa cuti ? A l’époque soixante-huitarde où les formations classiques tournaient à la vinaigrée lorsque les baroqueux pur jus imposèrent leur dogme, voici qu’eux-mêmes sont délogés par les nouveaux ensembles de musique ancienne, les uns, tout feu tout flamme, explosant de vitalité et de virtuosité, les autres prêchant un autre évangile à l’image de la Cappella Mediterranea sous la conduite de l’Argentin Leonardo Garcia Alarcon. Il nous fait côtoyer son illustre compatriote, Astor Piazzolla, et celui que l’on considère, en Europe, comme le créateur de l’opéra, à la charnière de la Renaissance et du Baroque, Monteverdi. Qui est le gagnant ? L’homme de Mar del Plata, bien sûr, et non le Crémonais. C’était patent, tout au long du concert donné dans la grande salle de l’Arsenal où les deux s’imbriquaient sans césure.

A BAROQUE, BAROQUE ET DEMI….

C’est vrai que les Cappella, par le truchement d’un de leurs fameux musiciens, le théorbiste Quito Gato, ont réalisé une séduisante orchestration des tangos et autres milongas piazzolliens. La Romance du Diable, La Milonga de l’Ange, La Ballade pour ma Mort…, alternant avec Ulysse en sa patrie, Le Couronnement de Poppée, L’Orfeo ou les Vespro, ont bénéficié d’un typique et riche instrumentarium associant la gambe, le bandonéon, le théorbe, le clavecin, le violon, le piano, la contrebasse, la guitare électrique et le cornet à bouquin, dans un parcours divinement chorégraphié, ce qui souleva les applaudissements équanimes d’une salle pleine, mais bien plus à l’endroit du tanguero qu’à celui du madrigaliste. Quand on y ajoutera les voix aussi enflammées de passion de Marina et Diego Florès, (soprano et baryton), la partie (argentine) était gagnée.

Les Cappella ayant mis la gomme sur le latino-américain, celui-ci déteignit sur un Monteverdi louchant vers la Patagonie, en vertu de ce nouvel évangile prônant le retour aux sources de l’idéal esthétique des musiciens sud-européens, qui est de réorienter l’approche du baroque latin en s’appuyant sur de récentes découvertes musicologiques de la rhétorique ultramontaine. En voulant codifier les paramètres baroques encore vivants dans les musiques populaires et redessiner un parcours sud-nord, en bannissant le temps chronologique au bénéfice d’une liberté au service d’émotions intenses et contraires, on ne pouvait être convaincu d’une démarche qui eut fait frémir le Concentus Musicus, le Concerto Italiano ou le Monteverdi Ensemble. Ces rythmes déhanchés et ces airs chantés sans réelle conviction et d’un goût contestable, avaient, pour le moins, de quoi surprendre. Même combat ? A armes inégales, oui.

Georges MASSON