Pierné Bavouzet

Gabriel Pierné sous les doigts de Jean-Efflam Bavouzet

 

Les étapes lumineuses de Jean-Efflam Bavouzet à travers les grandes salles de concerts de la planète, ne font pas oublier au Breton d’origine qu’il est, ce Messin de cœur n’ayant pas snobé son illustre ancêtre en musique, le compositeur Gabriel Pierné, lui aussi pianiste adulé en son temps. Comme un parfum de 150e anniversaire avant l’heure de l’ange Gabriel, né en 1863 au 5 rue de la Glacière, à un jet de pierre de Sainte-Ségolène où il fut baptisé, l’enregistrement de son Concerto en Ut mineur pour piano et orchestre refait surface sous les doigts de Jean-Efflam. Tous ceux qui en pincent pour ses interprétations et ne manquent jamais ses atterrissages toujours applaudis(*), jadis au Théâtre de Metz et à L’Arsenal depuis le jour de son inauguration, seront comblés à cent pour cent. Après avoir conquis ses trois Diap’ d’or pour son intégrale Debussy, et entrepris son intégrale des sonates de Beethoven, Jean-Efflam a gravé son Pierné chez Chandos et il est programmé en 2013 à Venise dans le cadre du Palazzetto Bru Zane, avant qu’il ne le soit peut-être dans le berceau musical commun des deux artistes, avec Jacques Mercier au gouvernail de l’O.N.L. On se souvient que ce même Ut mineur avait été joué à Metz, puis gravé sur disque, à l’occasion du 50e anniversaire de la mort de l’auteur de La Croisade des enfants, par Dag Achatz avec la Philharmonie. On doit avouer que la récente gravure est plus subtile et nuancée que celle de 1987.

UN PEU DE SLAVISME ET BEAUCOUP D’ÉLÉGANCE

Bien que son schéma soit calqué sur celui des concertos de Camille Saint-Saëns, -ce doyen et ami de Gabriel avec lequel il jouait à quatre mains dans les concerts de société-, ce concerto débute par un Maestoso et un Allegro deciso qui seraient une prénotion de Rachmaninov. Or il ne pouvait en être influencé, le Russe ayant alors 14 ans. Par contre, on y décèle une nette touche slave et une certaine effusion tourmentée à la Tchaïkovski.

L’interprétation de Jean-Efflam est d’un charme et d’une souplesse féline avec son petit brin d’humour, sans compter ses vertigineuses chevauchées pianistiques à l’image de celles de l’auteur de la Danse macabre. Son scherzando est d’une élégante virtuosité où se mêle une touche salonarde, dans le sens non moqueur du terme mais proustien, l’interprète lui restituant sa limpidité et sa noble respiration. On retrouvera cette maestria à l’Allegro agitato où Jean-Efflam évite le panache tout en développant le brio d’un mouvement récapitulatif et adoptant le cyclisme franckiste. Ce concerto est couplé avec les deux Suites de Ramuntcho, traduites davantage dans l’esprit du poème symphonique aux couleurs superbement étalées sur la palette orchestrale du BBC Philharmonic et traitant les thèmes populaires basques au-delà de leur atmosphère simplement folklorisante. A déguster sans modération.

Georges MASSON

(*) Jean-Efflam Bavouzet s’était produit à Metz, en mars 2010, dans le Deuxième concerto de Bartok (O.N.L) , en mars 2007, dans le Premier de Beethoven (Orch. de la Sarre) et en février 2006 dans le Deuxième de Prokoifiev (ONL).

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