Musique contemporaine

FESTIVAL FRANCO-ALLEMAND

13 novembre 2012


Plongeon dans la musique contemporaine


Le Festival franco-allemand « Je t’aime, moi non plus » confrontait les deux rives du Rhin au fil d’un concert conduit par Jacques Mercier avec un format réduit de l’ONL, selon une progression fort bien calculée. Avec le côté charmeur et lénifiant de la Pastorale d’été d’Arthur Honegger, le dixtuor croisait ses thèmes rêveurs et bucoliques, le chef marquant ainsi le territoire de cette musique hexagonale distillée avec limpidité, avant de tourner la page beaucoup plus équivoque des Quatorze manières de décrire la pluie de Hans Eisler. Ce titre ne correspond pas vraiment à ce que pourrait évoquer la bruine ou l’averse, pas davantage que son second titre, Quatorze manières d’être triste, à travers un sextuor mêlant piano, cordes et bois, qui, par ailleurs, mariait habilement la palette des timbres. L’œuvre ne semblait pas être sortie de la plume d’un hypocondriaque bien qu’on y perçût l’amertume du compositeur isolé sur la terre piétinée sous la botte hitlérienne. Ressortaient des séquences en bribes enchaînées, la traduction d’un climat hors temps et un état d’abstraction, par sa construction formaliste picorant dans l’école dodécaphoniste. Une œuvre pas très géniale quand on la compare avec sa gigantesque Deutsche Symphonie si peu jouée.

LA BOMBE EDGAR VARESE

On progressait dans l’expression plus extravertie de la Partition de la jungle de Thierry Pécou pour quinze musiciens. Elle n’est pas sans rappeler les bariolages exotiques de ses pièces précédentes dont on en avait retenu deux au concert de l’ONL de février dernier, parmi lesquelles cet étonnant Oiseau innumérable. Ici la densité sonore est aussi riche mais plus ramassée, de par l’enchevêtrement de ses courtes et multiples séquences, l’explosion des cuivres et cette ambiance de jungle. Mercier avait gardé pour la fin, ces tétanisants Déserts d’Edgar Varèse, d’une modernité qu’on n’avait jamais connue jusqu’en 1954 et malgré les avant-gardistes, de Schoenberg à Stravinsky. Il les couvre en 27 minutes, (avec sa bande son originelle et ses trois séquences continues enregistrées), l’œuvre anticipant sur les créations contemporaines à venir, mêlant électroacoustique et instruments d’orchestre. Assez innovant. Coïncidence ? Il y a tout juste 23 ans à quelques jours près (17/11/1989), l’Ensemble 2 E 2 M dirigé par Paul Mefano, nous dévoilait au théâtre de Metz, cette pièce de précurseur (en 23 minutes), mais que l’on n’avait alors pas trouvée hors du commun, tant les créations nouvelles pleuvaient à ces XVIIIe Rencontres internationales de musique contemporaine de Metz. Sacrée époque !

Georges MASSON