Rousset Farinelli

La vague baroque des Farinelli au féminin

 

Coïncidence ou concurrence ? Convergence ou impertinence ? Il y a un peu de chaque. Deux concerts baroques à un mois d’intervalle, calés à L’Arsenal sur le thème des castrats au féminin et du XVIIIe italien, ne pouvaient qu’inviter à la comparaison entre chacune des cantatrices en jeu, même si Nathalie Stutzmann d’abord (16/04/11) et Ann Hallenberg ensuite (17/05/11) ne chantent pas dans la même tessiture. Au niveau des orchestres, Les Talents Lyriques de Christophe Rousset ont de la bouteille. Vingt ans d’archets frétillants et rompus au répertoire, cela se déguste. Deux ans d’Orfeo 55, c’est jeune et cela doit encore mûrir ; mais les cordes, aussi galbées que la voix qui les dirige, suivent les mêmes inclinations vers la musicalité pure. Au souffle profond, à l’émouvant timbre de bronze de la contralto française, maîtresse, aussi, d’une virtuosité assumée, il est certain que s’est opposée la vélocité plus spectaculaire de la mezzo suédoise. D’entrée, Anne Hallenberg (dans ses deux arias de Riccardo Broschi), se complait, visiblement, dans les envolées à haute technicité et réussit la conduite de ses airs avec précision, malgré la rapidité du débit des notes dont elle n’en manque pas une. Elle est à l’aise dans les montées véloces jusqu’au sommet de son mezzo, mais son programme ne s’aventure pas -ou très peu- dans le bas du registre. Ce qu’on en déduira aussi, c’est que ni l’une ni l’autre des deux divas n’a l’organe très puissant.

AIRS DE HAUTE VOLTIGE AVANT LES TROIS BIS

Ann Hallenberg naviguera ensuite comme un poisson dans l’eau, dans l’extrait d’Adriano in Siria de Giacommelli, à l’écriture plus conventionnelle mais aux fioritures non moins redoutables. De même dans les arias de Porpora, où dans celui tiré de Polifemo, la cantatrice, penchant vers la tristesse de sa tonalité mineure, dévoilera la douceur de son timbre et développera une majesté toute haendélienne. Or, au fil du concert, ressortirent les similitudes de construction des formules harmoniques, les stéréotypes d’écriture et autres agréments, que l’on retrouve d’ailleurs dans la plupart des transalpins de l’époque. Donc, une certaine répétitivité qu’a rompue la Symphonie de J.-Ch. Bach où le chef, d’une pétulante énergie, qui vira, à l’Andante, dans le Sturm und Drang. Rupture aussi, à l’ouverture prolifique de Hasse. Rousset avait bien calculé son coup en inscrivant à la fin, deux arias de haute voltige du Catone in Utica de Leonardo Leo. L’applaudimètre enregistra une insistante progression débouchant sur les incontournables bis. Il faut dire que la mezzo jouait ces scènes, costumée en soyeux pantalon à la turque et coiffée d’un plumet bleu, ajoutant le côté pompeux et théâtral à ses pyrotechnies vocales. Ce furent, dans l’ordre, l’air connu du Rinaldo de Haendel, l’aria d’Almirena, « Lascia ch’io pionga » ; de son Alcina, l’air de Ruggiero, « Sta nell’ Ircana », et, de la Semiramide riconosciuta de Porpora, l’aria de Mirteo, « In braccio a mille furie ». Purs délices de lyricophiles !

Georges MASSON